Mes Écrits, Collages ou Photos. Victoire D. Commentaires possibles en bas de page.
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- Des mots-Des Images en tout sens
mercredi 22 septembre 2010
vendredi 13 août 2010
mercredi 14 juillet 2010
En Bordure du Port
Elle s’est hissée le long du quai afin de calmer le pincement qui, depuis la veille, tel un nœud marin, se tord au creux du ventre et court maintenant sur sa peau.
Tu aurais dû rentrer hier par le dernier bateau mais les vols venant du sud avaient été annulés. Elle l’avait appris au réveil. Tu as été appelé pour couvrir le tremblement de terre et les bouleversements économiques et politiques qui y sont associés. L’organisation des secours même fait polémique.
Les blessés, mais aussi les sans-abris se comptent par milliers. Et maintenant des émeutes naissent dans les ruines bloquant les abords de l’aéroport.
Pourquoi reproche-t-on aux êtres qui n’ont plus rien de se servir dans les ruines du centre commercial. Ce n’est pas tout à fait comme de voler dans les pierres des maisons. Les denrées sont de toute façon perdues puisque périssables alors qu’ils n’ont plus rien mais chacun se sent à la fois concerné par leur détresse tout en criant au scandale.
Elle, a vraiment un peu de mal à comprendre. Le monde tourne parfois d’une bien étrange façon ! Elle se demande souvent comment tu arrives à prendre et garder du recul face aux sujets pour lesquels le journal t’envoie.
Tu ne peux pas la joindre, la rassurer, lui parler.
Elle cherche dans les voiles qui se couchent après un long séjour au large, un apaisement à ses inquiétudes comme à chacune de tes absences quand celles-ci se prolongent.
Le clapotis des vagues caresse les pontons avec une douceur mêlée de témérité. Elle aime entendre les marins se raconter leur sortie en mer d’un pont à l’autre une dernière fois avant la nuit.
Où es-tu ?
Cette petite phrase se perd seule sur l’océan dans le lointain.
Où es-tu ? Toi qui sais décrire la soie fine dans l’ourlet de son cou allant de l’oreille à la courbe de son épaule.
Elle vient de passer chez Tania. Sa meilleure amie ne donnait plus de nouvelles depuis quelques mois ce qui ne lui ressemblait pas. Elle avait décidé d’aller la voir afin de comprendre ce qui lui arrivait. Elle venait de la découvrir amaigrie, le regard triste tournant dans un appartement qui donnait l’impression d’une loge monacale. Ses toiles si vives n’étaient plus accrochées sur les murs. Tania après une chute de cheval grave s’était mise à la peinture. L’odeur si particulière et si sensuelle de la peinture à l’huile n’exhalait plus dans l’appartement.
Surprise elle resta longtemps sans voix face à Tania seule dans son logement et le regard si terne. Au téléphone chaque fois elle avait répondu enjouée qu’elle n’était pas disponible qu’elle partait avec son compagnon visiter la Crête une fois, le Mont Saint-Michel une autre le Nord de la France une fois encore. Elle avait cru que Tania avait trouvé dans sa nouvelle vie de couple suffisamment de joie pour n’avoir plus besoin de sa compagnie.
Elle avait été blessée un peu en secret. Tania était sa meilleure amie depuis l’enfance. Elles riaient souvent de leur complicité quand elles arpentaient le village pour faire des blagues aux villageois qui n’étaient sans doute pas dupes mais elles y croyaient et c’était ça qui comptait, qui rendait les choses excitantes et secrètes.
Elles partaient souvent toutes les deux faire des randonnées en vélo ou à cheval emportant un pique-nique et disparaissant pour la journée.
Elle enviait un peu Tania et l’admirait aussi. Elle était belle et sans fards. Elle aussi avait des yeux verts mais Tania, les siens étaient plus beaux. Ses yeux étaient plus verts, vert comme l’océan aux abords des côtes d’Arcachon là-bas où l’école les avait emmenées enfants, pour le voyage de fin de primaire. Et puis les minauderies n’étaient pas pour elle contrairement aux autres filles de la classe. Elle était brillante aussi. Elle avait toujours les meilleurs résultats même si elle-même était souvent juste derrière ou à parts égales. Rarement elle avait réussi à lui passer devant. Et puis Tania était toujours calme avec les autres tandis qu’elle cherchait parfois le conflit avec l’autorité manifestant de l’insolence en tous cas c’est ce que disaient les adultes ! Mais Tania ne lui en tenait jamais rigueur. Elles savaient toutes les deux que leur amitié était pour toujours. Elles pourraient compter l’une sur l’autre même si jamais cela n’avait été dit. Pas besoin. Il y a des choses que l’on sait même quand on a dix ans.
A l’adolescence, à Pâques, une année elles étaient parties camper à plusieurs faisant des kilomètres à bicyclette avant d’atteindre l’océan aux teintes argentées. Cela avait été le meilleur moment. Tout d’abord parce que pour la première fois les parents avaient donné leur accord quand chacune était persuadée que ce serait impossible. Les siens surtout, l’avaient étonnée. Merci Tania ! Elle était une garantie pour ses parents. Allez savoir pourquoi ? C’était bien, dans leur vie secrète, elles ne parlaient jamais de leurs parents qui étaient amis. Les amitiés des adultes sont trop bizarres. Rien à voir avec la leur !
Alors Tania dans cet appartement sans vie sans charme froid comme une pierre recouverte par la neige, ce n’était pas elle.
Tania avait mis quelque temps avant de parler enfin. Elle avait pu lui dire la réalité de ce qu’elle vivait dans quel enfer seule elle s’était aventurée et enlisée.
Elle avait raconté comment il lui imposait sa main dans la sienne, combien c’était un rôle prévu à exposer au monde. Donner en public une image toujours quand à la maison l’intimité était tout autre. Il l’envahissait dans chacun de ses gestes. Imposait l’heure du réveil, la texture du repas, fait de privation et de rituels multiples. Il l’humiliait sans cesse puis la réveillait la nuit en lui imposant son corps brutalement sans un regard pour elle.
Elle ne pouvait plus peindre. Il restait toujours derrière elle à commenter, corriger ! Il avait même écrasé les tubes sur la toile la dernière fois en marchant dessus. Tania peignait la toile sur le sol dans son atelier. C’est ainsi qu’elle avait cessé de peindre.
Elle sentait combien Tania retenait encore des choses inavouables. Mais elle avait réussi à lui demandé son aide comme avant et elle avait pu ainsi l'adresser à un professionnel afin qu’elle se libère enfin.
Assise sur cette rive, maintenant seule, elle a le cœur un peu lourd. Elle s’en veut un peu, de n’avoir pas su deviner son amie. Elle aurait tellement souhaité oublier ces jours où elle n’avait pas su la protéger, tous ces jours où elle avait cru ce qui lui était donné à voir.
Est-ce parce que tu es loin et qu’elle est sans nouvelle de toi. Elle se sent un peu seule même si elle vient de retrouver son amie. Sa tête est lourde de tous ces secrets qui n’ont rien à voir avec les secrets de l’enfance. Elle regarde un peu les estivants qui déambulent le long du quai s’asseyant aux terrasses pour le dîner. Parfois ils sont deux, parfois c’est en groupe qu’ils s’aventurent au dehors.
En d’autres temps elle les aurait trouvés charmants et joueurs avec ce teint halé qui leur va bien. Habillés souvent très courts comme pour vanter les effets du soleil sous leur short au ras des fesses et le ventre toujours à l’air. Mais là, elle se sent de mauvaise humeur et voit tout ce qui ne va pas.
C’est comme si elle cherchait l’erreur chaque fois qu’elle pose le regard sur l’un d’eux elle lit l’ennui, la froideur, l’amertume. C’en est trop, cela doit bien venir un peu d’elle, de ce qu’elle a au fond du cœur.
Dans la brume au-delà de la digue, les marins sur les voiliers en direction du port, doucement affalent la grand voile tandis qu’au bord du quai, du reflet rose de l’eau sur les coques, personne ne parle. Et ces mats, au repos qui stridulent tels des grillons un soir de pleine lune, aucun ne les entend.
Où es-tu ?
Tu es là sur sa peau. Tu regardes avec elle les couleurs qui se mêlent sur cet horizon tiède. Elle sent ton souffle sur sa nuque et ta main qui se glisse là doucement.
Où es-tu ?
Décidément elle a le regard amer même les vagues sont chagrines quand les serveurs s’agitent.
Où es-tu ? Regardes-tu le ciel pour te rapprocher d’elle ?
Sous l’encre de tes doigts sur sa peau,
Sur le sable blanc d’une feuille de papier,
Dans les images que tu colles,
Dans la musique de ta bouche
Tu réinventes mille mots
Qui disent tes sentiments pour elle.
Où es-tu ?
Un groupe bruyant vient de s’installer.
En bordure du quai, les voiles se roulent une à une et les marins avancent sur les pontons au rythme de la marée, indifférents à l’agitation sur les terrasses.
Elle les découvre mieux, un à un, deux à deux. S’ils s’imposent ainsi c’est bien pour s’offrir aux regards extérieurs.
Deux d’entre eux, à eux seuls, font le rythme de la table. Mieux qu’un reality show ! Ils se touchent comme la glaise entre les doigts du potier. Les gestes sont brutaux, les mots sont crus. L’un provoque l’autre prenant le groupe à témoin. Chacun rit fort et commente. L’autre alors palpe plus fort y mêlant des sons et des mots plus vulgaires et violents encore.
Où es-tu ?
Toi dont les mots caressent les lumières et les vents.
Ils sont vraiment envahissants, imposants.
Où es-tu ? Toi dont les murmures ne sont qu’attention et douceurs. Toi dont le regard l’effleure toujours comme on caresse les pétales d’une rose.
Où es-tu ?
Les nœuds du tissu minimal qui enveloppe la poitrine imposante de la femme bruyante se sont défaits. Elle crie quand il la touche mais rit fort et se lève provocante vers l’homme assis à deux places de l’autre côté de la table. Elle se penche vers lui langoureuse lui offrant sa poitrine massive se tourne enfin pour qu’il refasse les liens quand d’un regard insolent elle attise encore l’homme à l’origine du forfait. Elle rit fort toujours puis bouge son corps autour de la table pour se rassoir sans oublier un regard sur la terrasse afin de mesurer l’effet produit cherchant à être touchée encore par tous les regards et par toutes les mains alentour cherchant comment éveiller le désir.
Elle crie son corps vide à l’adresse du monde. Elle a même un bleu au visage sous son maquillage. Une porte de placard dit-elle sans doute !
Trop de détresse ici.
Où es-tu ?
La lumière au travers des stores fait luire ton corps encore frais de la caresse de l’eau. Tes jambes fuselées se déplacent avec aisance.
Elle se réfugie sur l’horizon qui prend des teintes mauves vertes et orangées mêlées. Elle tente d’oublier Tania, d’oublier ce groupe et les autres. Elle écoute le vent qui s’élève doucement maintenant que la marée remonte.
Où es-tu ?
A tes côtés elle ne connaît jamais l’ennui. L’ennui c’est ceux là qui se mentent.
Loin d’elle tu es toujours un peu là, gardé un peu comme on garde un secret au creux du cœur.
L’ennui c’est pour les vents contraires, les dîners sans saveurs. L’ennui ce sont les lignes coupées et les silences qui se prolongent par trop de cris et de brutalité en ce monde.
Le vent se lève. La mer s’ébroue un peu et l’effluve des algues monte jusqu’au quai, monte jusqu’à elle.
Elle sent une main sur sa nuque, ta main douce, suivie d’un baiser.
Tu es là. Yes ! Tu es rentré.
« Viens » murmures-tu dans le creux de son cou.
Comme si tu sentais sa tristesse, tu dis encore,
« Ne restons pas là !!! ».
samedi 1 mai 2010
La Cabane de Pedro
Ce matin, tu as été appelé en urgence pour un reportage dans le sud. Je n’ai pas très bien compris où. Tu es parti tôt et si vite aussi. Après ton départ, je me suis assoupie et j’ai rêvé de la dune.
C’était la tienne. Celle qui m’impressionne encore. Dans mon sommeil, j’ai vu les trois fées de la plage. Elles étaient belles, vêtues d’un voile rose et vert aussi fin que la vague quand elle s’étale sur le sable avant de se retirer. Les reflets liés à la lumière de la lune étaient dorés. Elles mélangeaient des herbes à l’odeur sucrée d’essences de cèdre et de pin dans un saut de fer blanc aux anses faîtes de cordages. Elles saupoudraient le tout de sel et de sable mêlés récolté au fond de l’océan. Elles ont chanté des mots dans une langue aux sonorités rauques et profondes et faisaient des incantations, en remuant à l’aide des deux bras, des morceaux de bois trouvés non loin, sur la lande de sable. Je crois qu’elles m’ont parlé un peu de toi aussi. Elles m’ont murmuré des mots qui racontaient le passage du sable du Banc d’Arguin vers le sommet de la dune. Elles se servaient des étoiles pour le porter quand leur dos était fatigué. Elles choisissaient l’heure des solstices pour leurs déplacements les plus grands. Parfois, elles s’aidaient aussi des tempêtes. Leurs pieds avaient des formes un peu particulières, ressemblant à des poissons fins. Elles disaient que c’était plus facile ainsi, pour marcher longtemps. Elles ont dansé enfin sur le sable tiède à la lumière de la nuit.
La ville était à peine sortie du sommeil. Je voulais être seule, au sommet de la falaise de sable, au bord de la forêt. J’ai regardé au loin comme si je pouvais encore accompagner ton voyage. J’ai laissé vagabonder mon regard sur l’horizon en pensant à tes bras et en faisant ainsi avec toi les mille pas qui te séparaient de nouveau de moi.
Une tourterelle s’était perdue là, sous les tables de bois, à picorer quelques restes de pique-nique. Elle s’est envolée avec nonchalance juste devant moi. Les marcheurs étaient nombreux en fin de semaine et ne reviendraient plus, maintenant, avant les chaleurs de l’été.
Je me suis avancée plus près. J’ai descendue la dune aux courbes légères parsemées de quelques morceaux de bois tendre et de quelques oyats frais d’un vert encore jeune dansant dans le vent. Tu sais celle où tu m’as emmenée au printemps dernier. Nous avions joué et tellement ri, tu t’en souviens ? Le chant des vagues s’imposait en frappant le bord de la dune noircie par les restes de la végétation laissés là par les vents d’hiver.
J’ai longtemps marché le long du rivage et j’ai découvert un saut de fer blanc ressemblant aux lessiveuses qu’utilisaient nos arrières grand-mères. Quelques morceaux de vieux bois reposaient au bord des anses faites de cordage. Je me suis alors souvenu de mon rêve. J’ai aussi retrouvé des traces de pas à l’empreinte encore fraîche inscrite sur le sable. Je me suis dit que ce n’était pas un rêve tout à fait ordinaire.
J’ai cherché le meilleur angle en tentant de saisir pour toi des images nouvelles que tu trouverais à ton retour.
Je suis aussi fragile que le ciel au loin quand la marée monte doucement et encercle avec douceur le Banc d’Arguin que tu aimes tant. Je suis un peu perdue aussi, assise là, sans toi, au milieu de cet infini empli de beauté.
Alors j’ai fini par rentrer avant la chaleur de la mi-journée. Mais toi au loin, je ne tiens pas en place.
Je suis repartie dans la direction opposée comme s’il fallait m’éloigner du silence de la maison. Cet endroit qui me rappelle tant tes mots, ton odeur et la puissance de mon amour pour toi. Je suis allée vers le port. Celui que les touristes n’ont pas encore foulé sous leurs pieds. Je me suis assise sur ce banc de bois usé par les vents d’hiver. Les vents de terre ceux que j’appelle souvent les vents contraires. J’ai regardé au loin sur le bassin, le dos appuyé sur le flanc de la cabane de bois noir. Je ne puis m’éloigner totalement de toi. J’ai besoin de ta présence. J’ai entendu tes mots et la chaude tonalité de ta voix. J’ai ressenti la douceur de ta peau quand elle évoque la couleur du sable caressée par la lumière au travers des persiennes. J’ai eu envie de ta bouche et de connaître encore l’écriture de tes doigts sur ma peau tiédie. Mais tu es loin et pour quelque temps sans doute. Il va falloir que je ressorte le plaid pour me couvrir. Les nuits sont encore fraiches.
Photos - VD - Avril 2010
Je suis allée voir Pedro. Il ne me connait pas. C’est avec lui que tu es allé pêcher la saison dernière. Je ne lui ai pas dit qui j’étais. Je sais que tu préfères garder notre relation secrète. Est-ce pour la protéger des regards malveillants ? Pedro n’a pas l’air malveillant. Je t’aime et je n’ai pas vraiment besoin de parler de nous. Alors je me suis tu !
Il a pris un peu de ventre Pedro cet hiver et son teint est encore pâle. Mais il a fini sa cabane et elle a pris de belles teintes rouges. C’est beau ainsi au milieu de toutes les autres qui sont noires ou grises. J’ai eu envie de m’asseoir. Il a décoré sa terrasse de fûts de chêne et de cordages tressés. La lumière est belle aujourd’hui et se pose avec délicatesse sur les objets.
Je me suis assise à la table faites pour cinq, sous le pin parasol, espérant que le soleil resterait le temps de mon déjeuner.
Pedro était gentil. Il n’a pas souhaité que je me déplace. Pourtant des touristes avaient prévenu de leur arrivée prochaine. J’avais l’impression qu’il me connaissait un peu. A-t’il retrouvé quelque chose de toi dans mon regard ? Les huitres étaient délicieuses. Je suis restée longtemps à rêver, regardant l’eau monter de nouveau et les pêcheurs rentrer doucement du bassin.
Il s'est excusé de ne pouvoir me proposer qu'un café à la crème de marron. Julia, sa femme, est allée en ville pour y trouver du café pur mais c'était à l'automne. Elle n'est jamais revenue ! Il a dit ça avec cette légèreté dans la voix comme si cette histoire n'était pas la sienne mais son regard était blême.
L’agitation des premiers arrivants m’a fait fuir brutalement. Je suis allée regarder les barques rentrer dans la passe. J’ai pris de nouveaux clichés. Cette fois je pensais à rentrer. J’ai salué de nouveau Pedro. Mais l’envie de retrouver la maison vide ne faisait pas tout à fait partie de mes humeurs.
J’avais besoin de cesser de m’inquiéter pour toi. J’ai fait un détour par la ferme de Liza. J’avais envie de galoper loin dans la forêt et je lui ai proposé de faire le tour avec moi.
Nos chevaux s’entendent bien. Ils étaient joueurs et rapides. Nous les avons poussés à la limite du possible entre la peur et le plaisir de se dépasser. Ils étaient contents et tout excités par les premières odeurs de printemps. Des lapins ou quelques serpents se faufilaient dans les buissons. Le mien a fait un ou deux écarts mais nous avons bien assurées. C’était doux de sentir le vent tiède et de voir les variations des couleurs et des odeurs au-delà de la terre sèche. Nous n’étions jamais allées aussi vite ni aussi loin. Les chevaux sont rentrés l’encolure couverte d’écume. Après avoir douché le mien et vérifié ses pieds en entretenant ses sabots, j’ai aidé Liza à attraper les autres restés au pré et à les nourrir.
Je suis enfin rentrée apaisée et heureuse de pouvoir écouter un peu de Sonny Rollins dans la solitude de la maison.
J’ai pris un livre avant de me glisser sous les draps de notre lit. J’ai dû rêver de toi et de ton retour.
samedi 3 avril 2010
mardi 9 février 2010
dimanche 24 janvier 2010
Un Recueil de Nouvelles disponible depuis le 26 janvier 2010
Un deuxième livre aujourd'hui disponible chez le même éditeur
" SANS LIMITES "
Victoire Dodart
Janvier 2010
Un recueil de Nouvelles - 125 pages
Des textes inédits
Des mots à aimer, détester, survoler, critiquer, des pages à tourner.
" SANS LIMITES "
Victoire Dodart
Janvier 2010
Un recueil de Nouvelles - 125 pages
Des textes inédits
Des mots à aimer, détester, survoler, critiquer, des pages à tourner.
Derrière le reflet de visages lisses et tranquilles, j’ai pu lire, au travers de rencontres ou de regards parfois, des violences inavouées mais aussi tant de désirs cachés ou seulement murmurés, inachevés. Je me suis posée au bord du fleuve et j’ai mêlé ces humeurs.
Le Premier Livre
" N'ÉCOUTEZ PAS "
Décembre 2009
Des Images faites de Collages, des Poèmes et quelques Nouvelles
Nouvelle Bannière Recueil revisité en Décembre 2013
Libellés :
Recueil de Nouvelles - Janvier 2010
mardi 19 janvier 2010
Sans Limites

Sa présence est dans chacun des espaces de mes nuits de mes jours et me remplit, me porte, me dépasse.
Quand il plonge ses yeux dans les miens et que j’entends sa voix quand sa bouche se pose sur mes lèvres, je vois un feu libre, immense, sur les bords de l’océan, sur une plage infinie au bord du monde dont les braises crépitent au-delà du souffle des vents et je me souviens de la course des flammes, descendant au galop, les collines qui veillent sur Barcelone. Le ciel s’éclaire de mille couleurs. A ce feu, se mêlent la douceur des brindilles d’herbe rase sur les dunes de l'ouest et la caresse des embruns sur le sable, sous le regard tendre d’une aube naissante.
Depuis qu’il est inscrit, sculpté, tatoué sur ma peau, j’ai un rêve d’éternité délicieux. Je ne comprends pas toujours et je sais aussi combien il est difficile, ce temps qui parfois nous sépare. Je sais que je ne peux pas vivre sans l’odeur de sa peau ni le bruit de son pas, sans le son de sa voix et son rire et ses mots.
Je sais combien ce que j’éprouve est pour toujours. Je pourrais le suivre partout. Je me lèverais chaque matin en sentant sa présence sous mes doigts et remerciant chaque jour le ciel de l’avoir laissé sur ma route. Il a bouleversé plein de choses dans ma vie. Il secoue mes habitudes, mes certitudes et mes pensées. Parfois, je peste un peu contre les vents contraires mais je ne peux vivre sans cette vie. Je ne peux vivre sans lui.
Tout ce que mon corps éprouve au-dedans ... Les mots s’agitent, se déplient, se replient. Les mots virevoltent, me trahissent et puis m’échappent encore.
Depuis toutes ces années, j’essaie de les canaliser, de les capter, de les inscrire à l’encre noire. Je n’ai pas ce pouvoir.
Le bonheur, ça se garde sous les silences, au creux du cœur, au fond des yeux.
Les autres vous l'abîment et le piétinent. Les autres le jalousent et le déchirent avec plaisir. Les autres ne veulent pas le savoir.
Quand il plonge ses yeux dans les miens et que j’entends sa voix quand sa bouche se pose sur mes lèvres, je vois un feu libre, immense, sur les bords de l’océan, sur une plage infinie au bord du monde dont les braises crépitent au-delà du souffle des vents et je me souviens de la course des flammes, descendant au galop, les collines qui veillent sur Barcelone. Le ciel s’éclaire de mille couleurs. A ce feu, se mêlent la douceur des brindilles d’herbe rase sur les dunes de l'ouest et la caresse des embruns sur le sable, sous le regard tendre d’une aube naissante.
Depuis qu’il est inscrit, sculpté, tatoué sur ma peau, j’ai un rêve d’éternité délicieux. Je ne comprends pas toujours et je sais aussi combien il est difficile, ce temps qui parfois nous sépare. Je sais que je ne peux pas vivre sans l’odeur de sa peau ni le bruit de son pas, sans le son de sa voix et son rire et ses mots.
Je sais combien ce que j’éprouve est pour toujours. Je pourrais le suivre partout. Je me lèverais chaque matin en sentant sa présence sous mes doigts et remerciant chaque jour le ciel de l’avoir laissé sur ma route. Il a bouleversé plein de choses dans ma vie. Il secoue mes habitudes, mes certitudes et mes pensées. Parfois, je peste un peu contre les vents contraires mais je ne peux vivre sans cette vie. Je ne peux vivre sans lui.
Tout ce que mon corps éprouve au-dedans ... Les mots s’agitent, se déplient, se replient. Les mots virevoltent, me trahissent et puis m’échappent encore.
Depuis toutes ces années, j’essaie de les canaliser, de les capter, de les inscrire à l’encre noire. Je n’ai pas ce pouvoir.
Le bonheur, ça se garde sous les silences, au creux du cœur, au fond des yeux.
Les autres vous l'abîment et le piétinent. Les autres le jalousent et le déchirent avec plaisir. Les autres ne veulent pas le savoir.
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collage - VD - Janvier 2010
mardi 12 janvier 2010
lundi 28 décembre 2009
Ecrire
Des mots qui comme vagues en hiver
Aux bords de la page se cabrent, se poussent,
S’affrontent et s’entrechoquent,
Ecrire afin de ne pas hurler
Quand au dehors
Le monde est à l’envers,
Ecrire
Quand les voyelles s’emmêlent,
Telles les vagues s’effleurent
S’observent et puis s’enchaînent,
Perdent leur route
Rebondissent dans un souffle,
S’épuisent et se caressent
Et sur la feuille s’apaisent.
Petit ourlet blanc et soyeux
Du sable, elles se retirent
Laissant trace de leurs soupirs,
Grains fins savoureux, mélodieux,
Les mots te disent enfin
Comme il est doux
De jongler avec les humeur du Temps,
Ecrire
Pour étendre mes doigts
Au bord de l’autre rive
Ecrire
Afin de retenir l’instant
Sur le sable de la page
Plus belle que les restes de l’Erika
Ecrire encore
Afin de prolonger le jour
Apprivoiser la nuit
Ecrire tout ce qui se murmure
Les images, les cris, les larmes et les soupirs,
Ecrire
Comme les vagues reviennent
Sans cesse se renouvèlent.
Aux bords de la page se cabrent, se poussent,
S’affrontent et s’entrechoquent,
Ecrire afin de ne pas hurler
Quand au dehors
Le monde est à l’envers,
Ecrire
Quand les voyelles s’emmêlent,
Telles les vagues s’effleurent
S’observent et puis s’enchaînent,
Perdent leur route
Rebondissent dans un souffle,
S’épuisent et se caressent
Et sur la feuille s’apaisent.
Petit ourlet blanc et soyeux
Du sable, elles se retirent
Laissant trace de leurs soupirs,
Grains fins savoureux, mélodieux,
Les mots te disent enfin
Comme il est doux
De jongler avec les humeur du Temps,
Ecrire
Pour étendre mes doigts
Au bord de l’autre rive
Ecrire
Afin de retenir l’instant
Sur le sable de la page
Plus belle que les restes de l’Erika
Ecrire encore
Afin de prolonger le jour
Apprivoiser la nuit
Ecrire tout ce qui se murmure
Les images, les cris, les larmes et les soupirs,
Ecrire
Comme les vagues reviennent
Sans cesse se renouvèlent.
dimanche 20 décembre 2009
Le Temps
Le temps est un mouvement que nous avons tenté de maîtriser, nous, animaux à deux pattes depuis des millénaires. Nous avons bien cherché à le fixer sur de magnifiques sculptures de pierre ou de métal appelées cadrans solaires. Nous l’avons enfermé, croyons nous, derrière d’autres aiguilles, cachées à l’abri de verres épais, au mouvement animé par un battant quand il s’agit d’horloges ou de roues circulaires à l’image de la terre et ce furent des montres. A l’heure du numérique nous avons renouvelé l’essai une fois encore derrière des images digitales. Et aujourd’hui l’homme tente toujours de jouer à l’apprenti sorcier en l’avançant ou en le reculant au défi des saisons.
Le temps est libre. Il n’en fait qu’à sa tête et n’est jamais le même.
Le temps est le reflet du cœur.
Parfois il s’étire en longueur, les gestes quotidiens occupant l’espace laissant parfois un goût amer où la poésie n’a plus toujours sa place. Mais le temps est espiègle comme l’enfant c’est un joueur et quand l’heure de retrouvailles se rapproche encore, le cœur pétille enfin au dedans telle une boisson gazeuse ou une éclaboussure de rosée au bord de la rive à l’heure la plus chaude du solstice d’été, un délice.
En ta présence enfin il s’arrête pour deux et se pare de ses plus beaux secrets. Mais le temps nous joue encore un tour et quand se réveille l’approche du départ il court et court encore plus vite que le guépard.
Quand la tristesse nous envahit il semble ne jamais nous lâcher. Il pèse lourd et grignote chaque pensée.
Mais il est généreux le temps quand face à l’horizon au pied d’un océan il nous berce sur le rythme des vagues et n’est jamais le même ce sont les couleurs puis la nuit même qui nous parle alors de lui.
Le temps est libre. Il n’en fait qu’à sa tête et n’est jamais le même.
Le temps est le reflet du cœur.
Parfois il s’étire en longueur, les gestes quotidiens occupant l’espace laissant parfois un goût amer où la poésie n’a plus toujours sa place. Mais le temps est espiègle comme l’enfant c’est un joueur et quand l’heure de retrouvailles se rapproche encore, le cœur pétille enfin au dedans telle une boisson gazeuse ou une éclaboussure de rosée au bord de la rive à l’heure la plus chaude du solstice d’été, un délice.
En ta présence enfin il s’arrête pour deux et se pare de ses plus beaux secrets. Mais le temps nous joue encore un tour et quand se réveille l’approche du départ il court et court encore plus vite que le guépard.
Quand la tristesse nous envahit il semble ne jamais nous lâcher. Il pèse lourd et grignote chaque pensée.
Mais il est généreux le temps quand face à l’horizon au pied d’un océan il nous berce sur le rythme des vagues et n’est jamais le même ce sont les couleurs puis la nuit même qui nous parle alors de lui.
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Texte - Décembre 2009 - Photos - VD -
samedi 21 novembre 2009
lundi 19 octobre 2009
lundi 12 octobre 2009
La danse des mots
Tous ces mots qui virevoltent
Dans la lumière de l'automne
Tels les volants fous d'une robe d'enfant
Tentent de prolonger cette étreinte
En jonglant avec les frontières du temps
Il pourrait-être sage
De mieux savoir les retenir
Les laisser reposer
Dans la boite à secret
Jusqu'à la prochaine lune
Et laisser ainsi s'exprimer les songes
Dans le souffle du vent.
jeudi 17 septembre 2009
Mon aimé.

Tu soulèves les poussières de l’oubli avec délicatesse. Hier encore il faisait tiède au dehors mais les saisons s’effeuillent plus vite que ta mémoire. Tu fais le trajet des voyages de ton père à la lecture des pages et des images qui glissent entre tes doigts.
Je m’approche de toi doucement et me penche avec tendresse vers tes épaules arrondies. Assis devant ces pages tu ressembles un peu à ces rochers lisses et tranquilles érodés par le passage des vents au cœur de l'océan. Mes doigts et la paume de ma main se faufilent entre ton cou et l’encolure de ton t-shirt. Je te caresse la nuque avant d’y laisser un baiser. Tu bouges à peine. Tu aimes que ce temps dure hésitant retenu encore un peu par la concentration de ta lecture. Tu n’aimes pas trop laisser ce que tu fais. Ton dos est malveillant mais tu veilles sur cette mémoire. Être encore avec lui prolonge ce temps douloureusement interrompu. Tu me caches encore un peu tes yeux. Tu n'aimes pas me montrer ta tristesse. Je la sens au milieu de tes mots, je la lis sur la courbe de ton dos.
Viens mon aimé. Prends ma main. Allons marcher. Ne laisse pas les saisons s’enfuir. J’aime la douceur de ta peau au creux des draps mais j’aime plus encore ta présence ton odeur et le bruit de tes pas. Ne laisse pas le temps nous meurtrir. Viens. Regarde au dehors, le ciel s’est éclairci. Allons écouter le vent. Je sais que ton corps est endolori mais marcher auprès de l’aimée peut être un bon remède. Je ne t’enlève pas à ces pages jaunies tu les reprendras à la tombée de la nuit. Viens, allons sentir les feuilles encore humides murmurer sous nos pas et regarder la chute des gouttes d’eau qui caressent les branches en glissant vers le sol. Je sais les vagues sont un peu loin mais tu me conteras les marées. Je te décrirai les coquillages que j’ai ramassés et nous regarderons les nuages s‘éloigner. Tu m’apprendras le nom de ces oiseaux dont je t’ai parlé. Laisse le goût de mes doigts parfumer la paume de ta main. Raconte-moi ces pages que tu lis. Parle-moi de lui et tu verras ainsi combien ce temps d'avant ne s'est jamais arrêté. Au retour ton dos sera plus doux. Nous boirons un thé chaud ou un café auprès du feu et mes lèvres seront sucrées.
lundi 14 septembre 2009
Proies ou Rapaces
Malgré moi surgit cette appréhension quand je dois aller dans un lieu où il y aura du monde, dans un lieu que je ne connais pas encore.
Un brouhaha ronronne sans cesse évoquant le bruit doux d’un moteur à l’arrêt dès les premiers pas glissés au sommet des quelques marches avant d’atteindre l’une des arches de pierre sertie de métal.
Les couleurs sont chatoyantes et vives. Les odeurs de sels et d’embruns dominent celles sucrées et parfois suaves des fleurs et des fruits aux abords de l’étale à poissons. Je me souviens du rose des rougets posés là alignés à deux doigts de la gueule ouverte du requin habillée de petites dents ressemblant à des épines de pins blanchis par la neige. Les araignées cachées dans leurs pattes velues sont encore mouvantes et je reste à distance heureuse d‘avoir le bout du nez à peine à hauteur de la glace pilée qui sert d‘oreiller à des algues brunes dont j‘aimerais pouvoir faire exploser les rondeurs entre le pouce et mon index. Je regarde furtivement le vendeur esquissant déjà mon geste mais il m’impressionne avec sa voix brûlante et son tablier gris-bleuté quand il interpelle les passants tentant de les faire s’arrêter. Les crabes montrent encore des yeux luisants sous leurs carapaces rougies par la cuissons.
Un homme vêtu sur la tête d’un étrange bonnet d’âne, couronne blanche qui ressemble à une brioche de sucre glace à l’envers s’approche de moi. Je crois un instant qu’il vient me gronder cernant mes intentions de sculpter les algues du bout des doigts. Je sursaute un peu prête à m’enfuir mais il me parle doucement puis me prend dans ses bras pour me poser, dressée, sur le grand tabouret derrière son comptoir. Enfin une belle hauteur ! On devrait proposer à tous les enfants de s’installer ainsi sur de grands tabourets afin qu’ils puissent profiter du paysage sans risquer de se faire cogner pousser écraser sous le poids des paniers et des sacs des grandes personnes.
Je perçois les regards et les sourires des clientes qui ont un mot à mon propos me prenant pour sa fille. J’ai trois ans pas très haute mais bien suffisamment grande pour savoir que mon père n‘a rien à voir avec cet homme là. Surtout avec cette couronne ! Il a bien jouer les corbeaux il y a peu accroupi sur la table de la cuisine pour me conter la fable avec le renard mais sûr qu’il n’a rien à voir avec celui là. L'homme au chapeau blanc les reprend d’ailleurs se défendant lui-même d’être mon père. Il explique encore et encore comment il m’a remarquée seule devant l’étale du poissonnier. Son étale se trouve juste de l’autre côté de l’allée. Et les regards de ces femmes changent me rappelant ainsi sans cesse que je ne devrais pas me trouver là.
Je me souviens m’être figée apeurée quand il est venue vers moi. Ce sont ces mots et ses questions qui m’ont fait prendre conscience que quelque chose n’allait pas. Les larmes rafraîchissent mes joues et l’odeur de farine monte vers mes narines en même temps que la nausée.
C’est-on délibérément débarrassé de moi ? Je l’ai longtemps cru.
Les grands bras de celle qui m’avait emmenée ce matin là m’ont enfin agrippée puis malmenée et poussée en hurlant jusqu’au siège arrière de la voiture. Les marchands avaient depuis longtemps rangé leurs cageots vides à l’arrière de leur camion et les touristes avaient déserté les lieux pour déguster leur déjeuner.
Heureusement le temps est passé et laisse glisser sur moi des douceurs et des mots tièdes et rassurants qui ont fait largement oublier les larmes de mes trois ans.
Ce soir, je descends les hautes marches de pierre pleine d’envie. La peau picote déjà quand mon cœur palpite un peu plus fort à l’idée de découvrir les images et les sons tant attendus même si c’est encore l’inconnu. Je sais à la différence de l’enfance que je ne serai pas déçue.
Le ciel est de mon côté il fait tiède encore et la nuit étoilée sera belle.
Soudain se dressent face à moi d’incroyables falaises de pierres blanches qui plongent leurs pieds dans une vaste étendue d’eau. Le site est imposant majestueux. Je ne le connaissais pas et j’aime tout ce que découvre mon regard. Les oiseaux s’interpellent d’une falaise à l’autre, d’un rocher à l’autre, d’un arbre à l’autre attendant d’être rejoints puis remplacés par la caresse douce ou plus vive des saxophones. Sur les flancs du mur de pierre rebondissent pour l’instant quelques rires d’enfants qui doivent jouer plus loin sur le coteau traversé avant d’arriver. Quelques tables sont encore disponibles au bord de l’eau. Je m’installe tranquillement sur un banc face à la falaise quand dans l’eau s’agitent tranquillement d’immenses poissons.
Assise sur ce banc je regarde et écoute ceux qui m’entourent. J’aime ce temps où en silence je découvre le monde en scène. Je suis tes pas et tes yeux et découvre ainsi après toi ce que secrètement tu as organisé depuis des mois.
Tu ne peux pas être là ce soir aussi j'ai préféré venir seule. J’aurais détesté devoir entrer dans des pour-parler qui ne me conviendraient pas. Cette soirée est pour moi. Je peux laisser aller mes sensations mes humeurs m’imprégner de chacun des reflets qui varient avec la lumière du soir. J’aime ce temps avant l’entrée en scène d’un spectacle. Les humeurs dans la salle sont faîtes d’excitation et de repli comme à l’intérieur d’une bibliothèque. Les sons passent du feutré à un souffle décalé qui fait que tout reste un instant suspendu.
Soudain le banc craque à mes côtés. Quelqu’un vient sans doute de s’asseoir. Je n’ai aucune envie de sortir de ma rêverie. Je regarde les gens descendre l’escalier je regarde la nuit s'étendre peu à peu. Le ciel change. J’écoute un peu les gens venus à plusieurs je lève les yeux sur l’autre rive cherchant à percevoir le mouvement des oiseaux dans la pierre et les arbres. J’attends sans attendre c’est à dire sans impatience les premiers souffles du saxophone. Je me demande d’où vont naître les première notes.
Je me tourne vers le rideau de scène. Ouvert, il flotte un peu dans la brise tiède.
C’est un voisin qui vient de prendre place.
« Vous avez l’heure ? » me dit-il satisfait, je le sens, de croiser mon regard. La phrase est tellement d’un autre monde, décalée en ces lieux. J’ai envie de rire. Je me souviens les désastreux plans drague aux carrefours à Paris quand j’étais plus jeune. A l’époque je tournais la tête ou parfois lasse je répondais sèchement « lève le nez dans Paris il y a une horloge à chaque coin de rue et sinon il suffit de te pencher à l’intérieur des voitures. » A l’époque les tableaux de bord possédaient une horloge et non des chiffres fluorescents comme aujourd’hui qui ne s’allument que quand le conducteur met le contact.
Mais je ne suis plus à l’âge où l’on riposte. Dans ma tête les mots fusent à grande vitesse : « Espèce de naze tu t’es trompé de chemin ici y’a pas de train. Qu’est ce que tu viens faire dans ce lieu c’est quoi tu cherches une proie ! Je suis là tranquille et seule donc t’es chasseur je suis une proie ? Une femme seule dans ton monde c’est forcément une proie ! La chasse c’est le mois prochain tu vois même qu’aujourd’hui, à l’heure où j’écris, je sais parce que j’ai lu les mots de mon aimé et que vraiment tu lui arrives pas à la cheville, même pas t’essayes, et que j’ai traversé la campagne ce week-end aussi je sais que c’est le 12 et 13 septembre alors pour les proies va falloir attendre. » Mais non je reste froide mais je lui donne l’heure et retourne dans mes pensées. Secrètement j’aimerais vraiment que tu puises être là, mon aimé ; Tu arriverais doucement dans mon dos, tu regarderais le type de ton regard noir parce que toi tu l’aurais flairé c’est sûr, t’aimes pas les chasseurs toi non plus alors tu m’aurais glissé un baiser tendre dans le coup histoire de le pousser très loin au delà de cet espace.
Mais le naze pige pas il relance il fait plein de bruit dans ce délicieux espace, il me lance « Vous venez souvent ici ? » Très très froide je le regarde du plus loin et du plus haut possible moi qui me sens très petite dans ce genre de plan ! J’ai envie de vomir quand je me sens trop petite. Bon sens j’ai besoin de toi mon aimé, là je suis plus très sûre de m'en sortir ce type insiste et ça va vraiment pas le faire ! Je pense à toi très fort je réponds très vite et très sèche : « La première fois avant hier ! » Je suis en pétard au dedans j’avais pas envie de ce genre de plan pas du tout, surtout pas maintenant, même pas envie de rire de ce genre de bêtise. J’ai envie d’être tranquille et je pense " T’as rien compris t’as rien à faire là et tu vas me laisser maintenant parce que je suis pas sûre de savoir être calme très longtemps. Toi ça a pas l’air mais moi je suis venue invitée à partager la poésie de cet espace et me mettre de la musique et des images plein la tête et les chasseurs ça peut pas faire partie de ce monde là."
Je me suis de nouveau réfugiée tout près de toi mon amour, tu glissais tes doigts dans mon cou et la lune s’est un peu posée sans doute parce que je n’ai plus vu que des reflets et des images et les sons des saxos se sont levés et quand j’ai baissé les yeux sur les vagues et les pierres sur l’autre rive je n’avais plus de voisin chasseur et le monde était doux et la nuit était bleue.
vendredi 31 juillet 2009
vendredi 26 juin 2009
mardi 28 avril 2009
dimanche 12 avril 2009
Sur les Quais
La terre a tremblé cette semaine. C’était en Europe à notre porte ; là où les villes sont encore chargées d’histoire, celle qui se lit dans les pierres, les vraies, les belles, les taillées, les solides. Les maisons sont tombées parce que depuis dix ans les investisseurs sont rois et pensent d’abord à leur compte bancaire et non plus à protéger nos vies sous des immeubles qui seraient bien construits. Les constructeurs eux font vite et à tarif réduit. Notre société a inventé les soldes jusque dans les immeubles qui longent cette vallée à fort risque sismique. Les murs sont faits de torchis et de poussière et les châteaux de carte se sont effondrés. Trois cents morts, comme si il était possible de les compter ; là aussi ce sont des statistiques, en 2009 les statistiques sont la feuille de route de notre quotidien !
Eux avaient trouver une petite maison de l’autre côté de la baie, là où les vents se mêlent et les couchants sont orangés à l’infini. Là où les horizons sont d’une blancheur extrême, là où la crête des vagues se fend d’un gris bleu qui scintille comme des étoiles d’argent. Ce pourrait être l’île de Chausey ou une autre le long de la côte. Entourée de pierres noires, les petits îlots de récifs la rendent difficile d’accès même aux voiliers. Il faut connaître la côte pour ne pas fendre la cale des bateaux. La route précise pour y accéder ne vous sera pas donnée, ils veulent garder le secret de l’endroit où ils se retrouvent et se reposent. Leurs amis, leurs relations professionnelles ne les rencontrent que sur le continent, de l’autre côté. Là c’est un endroit rien que pour eux. Chacun y a déposé ses secrets. Lui dans les sculptures faîtes dans la ferraille le bois le sable tout ce qu’il récupère au cours de leurs promenades faîtes avant l'aube parfois ou au moment où la nuit rejoint le jour : morceaux de vélo de mobylette bouts de tracteur tuyaux de métal. Il peint aussi. Eux deux écrivent et déchirent collent des bouts de papier. Ancienne publicités, photos dans les revues récupérées elles-aussi sont transformées au grès de leurs humeurs quand l‘autre est au loin.
Ils se retrouve là dès qu’il n’a pas d’engagement au dehors. Lui, est souvent parti sur des missions aux quatre coins des mers. Là où se heurte la misère. Il porte secours aux enfants et aux adolescents blessés par les traumatismes et les cauchemars que la vie inflige parfois. Elle, a un bureau où elle écoute la parole elle aide à remettre des mots sur les histoires les souffrances et les non-dits qui abîment et creusent des blessures qui brûlent au dedans.
Elle peut rentrer chaque week-end et chaque fois que le bureau n’a pas besoin de son oreille. Elle l’attend souvent ne sachant pas toujours quand il sera de retour. C’est douloureux pour elle parfois elle a besoin de lui mais elle ne lui en veut pas c’est ainsi. Bien sûr elle déteste que la vie l’empêche de se détendre et de la retrouver. A ses côtés il se repose et peut griffonner coller construire à son grès au rythme de l’océan qui bat les rochers au pied de la maison et berce leur rythme de promenade. Mais elle sait aussi combien aider autour de lui fait parti de lui. Elle le sait depuis toujours. Elle râle bien un peu parfois quand elle se sent oubliée mais c’est une sensation du fond du ventre qui ne se contrôle pas. Elle sait bien qu’il est tout près pas très loin d’elle. Quand il peut la joindre il a toujours un mot doux une tendresse une attention et si parfois les choses sont difficiles pour elle il a le mot le geste qui l’apaise. C’est ainsi entre eux depuis toujours.
Ils sont le plus souvent seuls, la plupart des habitants alentour ne viennent que le temps d’un été. Seuls quelques autochtones prennent avec elle le seul bateau qui fait la navette le vendredi soir. Ils chargent alors le bateau avec quelques sacs de farine des aliments complémentaires pour les chevaux et les autres animaux et les courses que chacun s’est fait livrer sur les quais. Presque tous repartent en début de semaine suivante.
Elle l’a attendu ce soir sans grand espoir ayant entendu l’annonce de la catastrophe des montagnes de l’autre côté de la frontière sur les ondes de la radio. Il avait bien dit qu’il devrait-être là. Les trains avaient cette fois de bonnes correspondances avec les horaires du bateau. Elle s’était bien emmitouflée et posée dans le café juste au bord de la jetée. Ils se retrouvent là chaque fois sur la banquette qui leur est comme réservée dans le fond de la salle près de la fenêtre le feu réchauffant un peu les genoux de ses braises incandescentes. L’odeur du bois est douce elle laisse un goût de miel sur le palais. Le craquement des bûches répond au ressac des vagues sur les rochers au dehors à marée haute. Une des fenêtres reste toujours entrebâillée comme pour garder la mesure des chocs creux sur les pierre noires.
Elle savait bien que l’attente était inutile mais elle aimait bien cet endroit sans lui aussi. Elle peut penser à lui. Elle laisse son regard se poser d'un visage à l'autre et se laisse bercer un peu par leur voix dans ce café. Ce sont des habitués les tonalités sont chaudes et leur regard sur elle est chaleureux et reste discret. Comme elle, ils attendent la dernière navette. Elle vagabonde secrètement et retrouve sur sa peau un peu le goût de ses dernières caresses. La dernière fois au téléphone, sa voix était douce et rassurante il était pressé mais elle y est habituée il prenait tout de même un peu de temps avec elle alors que d’autres l’attendaient. Elle voulait lui dire que le réparateur de piano était revenu. C’était beau comment il avait travailler glissant un ruban rouge entre les cordes avant de les équilibrer. Elle avait imaginer combien il aurait aimé prendre une photo. Elle même n'a pas osé. L'accordeur avait oublié la dernière corde et devrait revenir. Du coup quand lui serait là le piano pourrait de nouveau sortir les notes justes sous ses doigts. Elle aimait l’écouter toucher les notes d’ivoire. Elle le regarde et se laisse porter. Elle glisse parfois contre son dos il aime ça. Ils ont plein de gestes silencieux ils sont bien comme ça l’un contre l’autre l’un avec l’autre. Elle a envie de poser sa joue contre son torse. Il ne faut pas oublier la navette. Elle donnera la nourriture aux chevaux. Elle l'a promis au voisin. Il est parti pour quelques semaines.
Elle est allée marcher. Elle aime marcher avec lui. Il lui raconte les arbres et les pierres, les nids des animaux aussi. Il parle si bien des habitants. Il montre les lumières, le déclencheur parfois à la main. Elle aime regarder à travers ses yeux à lui. Elle aime leurs silences aussi. Elle a retrouver le sentier où il l'a emmenée la première nuit de leur rencontre. C'était à cette saison, c'était il y a longtemps. C'est doux de se souvenir. Elle y retourne parfois quand il n’est pas là. Elle aime bien le ressac des vagues à cet endroit et aux Printemps les fleurs des arbres ont une odeur de sucre.
Il rentrera bientôt peut-être avec la navette de la semaine prochaine. C’est bien il fera plus chaud. Le soir le vent sera tiède. Sans lui elle a toujours froid. Il rit parfois de ses mains fraîches qu'elle glisse doucement sous sa chemise dans le creux de son dos. Il doit être fatigué. Il dit qu’elle s’inquiète toujours un peu trop pour lui « pas un oiseau tombé du nid » mais il prend soin d’elle, des autres. Qui prend soin de lui ? Elle prend soin de lui.
La nuit tombe elle va fermer les volets. Elle aime à cette heure poser un regard long et silencieux sur le ciel avoir une pensée pour lui. La baie en face est toute illuminée. Elle pense à lui toujours mais là quand elle ferme les volets elle sait qu’il aimerait être avec elle entendre les vagues qui disent tant de mots dans le ventre et au creux doux des oreilles.
Il lui a écrit plein de mots avant de partir. Elle les a trouvés sous la porte en entrant. Elle rajoutera une couverture sur le lit et va se glisser sous les draps pour le lire. Elle sera un peu avec lui. Elle a du mal à s'endormir quand il est loin.
Eux avaient trouver une petite maison de l’autre côté de la baie, là où les vents se mêlent et les couchants sont orangés à l’infini. Là où les horizons sont d’une blancheur extrême, là où la crête des vagues se fend d’un gris bleu qui scintille comme des étoiles d’argent. Ce pourrait être l’île de Chausey ou une autre le long de la côte. Entourée de pierres noires, les petits îlots de récifs la rendent difficile d’accès même aux voiliers. Il faut connaître la côte pour ne pas fendre la cale des bateaux. La route précise pour y accéder ne vous sera pas donnée, ils veulent garder le secret de l’endroit où ils se retrouvent et se reposent. Leurs amis, leurs relations professionnelles ne les rencontrent que sur le continent, de l’autre côté. Là c’est un endroit rien que pour eux. Chacun y a déposé ses secrets. Lui dans les sculptures faîtes dans la ferraille le bois le sable tout ce qu’il récupère au cours de leurs promenades faîtes avant l'aube parfois ou au moment où la nuit rejoint le jour : morceaux de vélo de mobylette bouts de tracteur tuyaux de métal. Il peint aussi. Eux deux écrivent et déchirent collent des bouts de papier. Ancienne publicités, photos dans les revues récupérées elles-aussi sont transformées au grès de leurs humeurs quand l‘autre est au loin.
Ils se retrouve là dès qu’il n’a pas d’engagement au dehors. Lui, est souvent parti sur des missions aux quatre coins des mers. Là où se heurte la misère. Il porte secours aux enfants et aux adolescents blessés par les traumatismes et les cauchemars que la vie inflige parfois. Elle, a un bureau où elle écoute la parole elle aide à remettre des mots sur les histoires les souffrances et les non-dits qui abîment et creusent des blessures qui brûlent au dedans.
Elle peut rentrer chaque week-end et chaque fois que le bureau n’a pas besoin de son oreille. Elle l’attend souvent ne sachant pas toujours quand il sera de retour. C’est douloureux pour elle parfois elle a besoin de lui mais elle ne lui en veut pas c’est ainsi. Bien sûr elle déteste que la vie l’empêche de se détendre et de la retrouver. A ses côtés il se repose et peut griffonner coller construire à son grès au rythme de l’océan qui bat les rochers au pied de la maison et berce leur rythme de promenade. Mais elle sait aussi combien aider autour de lui fait parti de lui. Elle le sait depuis toujours. Elle râle bien un peu parfois quand elle se sent oubliée mais c’est une sensation du fond du ventre qui ne se contrôle pas. Elle sait bien qu’il est tout près pas très loin d’elle. Quand il peut la joindre il a toujours un mot doux une tendresse une attention et si parfois les choses sont difficiles pour elle il a le mot le geste qui l’apaise. C’est ainsi entre eux depuis toujours.
Ils sont le plus souvent seuls, la plupart des habitants alentour ne viennent que le temps d’un été. Seuls quelques autochtones prennent avec elle le seul bateau qui fait la navette le vendredi soir. Ils chargent alors le bateau avec quelques sacs de farine des aliments complémentaires pour les chevaux et les autres animaux et les courses que chacun s’est fait livrer sur les quais. Presque tous repartent en début de semaine suivante.
Elle l’a attendu ce soir sans grand espoir ayant entendu l’annonce de la catastrophe des montagnes de l’autre côté de la frontière sur les ondes de la radio. Il avait bien dit qu’il devrait-être là. Les trains avaient cette fois de bonnes correspondances avec les horaires du bateau. Elle s’était bien emmitouflée et posée dans le café juste au bord de la jetée. Ils se retrouvent là chaque fois sur la banquette qui leur est comme réservée dans le fond de la salle près de la fenêtre le feu réchauffant un peu les genoux de ses braises incandescentes. L’odeur du bois est douce elle laisse un goût de miel sur le palais. Le craquement des bûches répond au ressac des vagues sur les rochers au dehors à marée haute. Une des fenêtres reste toujours entrebâillée comme pour garder la mesure des chocs creux sur les pierre noires.
Elle savait bien que l’attente était inutile mais elle aimait bien cet endroit sans lui aussi. Elle peut penser à lui. Elle laisse son regard se poser d'un visage à l'autre et se laisse bercer un peu par leur voix dans ce café. Ce sont des habitués les tonalités sont chaudes et leur regard sur elle est chaleureux et reste discret. Comme elle, ils attendent la dernière navette. Elle vagabonde secrètement et retrouve sur sa peau un peu le goût de ses dernières caresses. La dernière fois au téléphone, sa voix était douce et rassurante il était pressé mais elle y est habituée il prenait tout de même un peu de temps avec elle alors que d’autres l’attendaient. Elle voulait lui dire que le réparateur de piano était revenu. C’était beau comment il avait travailler glissant un ruban rouge entre les cordes avant de les équilibrer. Elle avait imaginer combien il aurait aimé prendre une photo. Elle même n'a pas osé. L'accordeur avait oublié la dernière corde et devrait revenir. Du coup quand lui serait là le piano pourrait de nouveau sortir les notes justes sous ses doigts. Elle aimait l’écouter toucher les notes d’ivoire. Elle le regarde et se laisse porter. Elle glisse parfois contre son dos il aime ça. Ils ont plein de gestes silencieux ils sont bien comme ça l’un contre l’autre l’un avec l’autre. Elle a envie de poser sa joue contre son torse. Il ne faut pas oublier la navette. Elle donnera la nourriture aux chevaux. Elle l'a promis au voisin. Il est parti pour quelques semaines.
Elle est allée marcher. Elle aime marcher avec lui. Il lui raconte les arbres et les pierres, les nids des animaux aussi. Il parle si bien des habitants. Il montre les lumières, le déclencheur parfois à la main. Elle aime regarder à travers ses yeux à lui. Elle aime leurs silences aussi. Elle a retrouver le sentier où il l'a emmenée la première nuit de leur rencontre. C'était à cette saison, c'était il y a longtemps. C'est doux de se souvenir. Elle y retourne parfois quand il n’est pas là. Elle aime bien le ressac des vagues à cet endroit et aux Printemps les fleurs des arbres ont une odeur de sucre.
Il rentrera bientôt peut-être avec la navette de la semaine prochaine. C’est bien il fera plus chaud. Le soir le vent sera tiède. Sans lui elle a toujours froid. Il rit parfois de ses mains fraîches qu'elle glisse doucement sous sa chemise dans le creux de son dos. Il doit être fatigué. Il dit qu’elle s’inquiète toujours un peu trop pour lui « pas un oiseau tombé du nid » mais il prend soin d’elle, des autres. Qui prend soin de lui ? Elle prend soin de lui.
La nuit tombe elle va fermer les volets. Elle aime à cette heure poser un regard long et silencieux sur le ciel avoir une pensée pour lui. La baie en face est toute illuminée. Elle pense à lui toujours mais là quand elle ferme les volets elle sait qu’il aimerait être avec elle entendre les vagues qui disent tant de mots dans le ventre et au creux doux des oreilles.
Il lui a écrit plein de mots avant de partir. Elle les a trouvés sous la porte en entrant. Elle rajoutera une couverture sur le lit et va se glisser sous les draps pour le lire. Elle sera un peu avec lui. Elle a du mal à s'endormir quand il est loin.
dimanche 5 avril 2009
Une Couronne de Roses Rouges
Elle était belle disait-on d’elle.
Je l’ai connue trop peu. Dans mon souvenir elle était douce et se fichait des conventions et des mondanités de cette petite ville dans laquelle elle avait fini par élire son domicile.
Son histoire nous était contée de multiples façons comme si elle s‘était promenée dans La dame de Shangaï ( Orson Welles - Film - 1948 ) au milieu de ce couloir de miroirs et que chacun avait choisi un de ses reflets pour lui-même et la définissait comme tel.
Les autres parlent trop souvent de vous comme ils veulent vous voir et pas toujours tel que vous êtes dans vos limbes les plus secrètes. Ils vous réduisent le plus fréquemment à une image, une seule. Celle-ci sera-t’elle la lecture d’un évènement de votre vie ou bien liée à la leur et vous êtes aussitôt rangés dans un tiroir qu’ils ferment à clé pour toujours, jetant la clé dans le fleuve qui les guide afin de ne plus y revenir. Figé ainsi vous risquez de l’être à jamais !
Si la vie dépose sur votre chemin un être qui vous regarde et vous écoute pour ce que vous êtes et que sa seule présence vous amène à vous ouvrir et à lui dévoiler la part la plus secrète et la plus belle de vous-même, sachez sentir combien vous en avez besoin et admirez le monde à travers son regard. Tout est alors plus beau. Vous avez trouvé l’être auprès de qui vous pouvez déposer toute votre confiance jusqu’au bout de la terre, au delà de vos jours en souhaitant qu’ils soient encore infiniment nombreux. Protégez bien cette part de vous-même. Sans elle, rien n'a plus la même saveur.
Mais restons auprès d’elle encore un peu. Elle avait quelque chose d’indéfinissable que d’autres membres de ma famille ne connaissaient pas et qui m’attirait toujours vers elle. Elle ne cherchait pas à paraître pour le monde extérieur même si elle avait été souvent remarquée et pas seulement pour sa beauté. Elle avait été Résistante au cours de la dernière guerre. Son mari aussi et bien d’autres avec eux. On parlait d’elle dans un énorme livre à ce propos ( en réalité deux énormes livres puisqu’il y avait deux tomes ). Mon père me l’avait donné à lire alors que j’étais à peine entrée dans ce qu’il appelait l’âge de raison. Le livre avait un nom magique dans mon esprit d’enfant « Les terroristes ». Était-ce dû à la religiosité, la fierté avec laquelle mon père me l’avait confié ? Le mettre ainsi entre mes mains, je le sentais, c’était me permettre de faire partie enfin de la liste des grandes ce qui signifiait regain de confiance, chose assez rare dans l’esprit de mon père et des adultes qui m’entouraient ! Malheureusement l’exemplaire n’est plus en ma possession, aléa des différents partages familiaux. A t’il seulement été rangé avec respect sur l‘étagère d‘un salon, j’ai bien peur que non !
J’ai vu cette femme longue et fine pleurer lors d’une cérémonie animée en son honneur et celui de son mari qui était décédé avant ma naissance, pour ce qu'ils avaient accompli. Je l’ai vue assise toute petite, elle si haute au regard de mes jambes d’enfant, repliée sur elle-même et pleurer en silence sur les marches de pierre au bord du tombeau. Et je n’ai pas compris.
Dans mon esprit de petite fille je sentais bien que tous ces drapeaux et ces médailles accrochées à la veste de tous ces hommes montraient leur respect à son égard, d’autant plus qu’elle était la seule femme au milieu d’eux. J’imaginais qu’elle aurait dû être grande et droite. Moi je savais combien j’étais fière des bon-points qui m’étaient attribués par ma maîtresse d’alors dans ma petite école au beau figuier dans la cour immense. Alors je ne comprenais pas comment cette grande dame que j’aimais tant pouvait verser des larmes. De plus, c’était la première fois que je voyais un adulte pleurer. Je n’ai pas compris qu’elle pleure cet homme à qui on l’avait mariée contre son gré m’avait-on dit et dont elle avait choisi de se séparer quelques années après la guerre.
Elle vivait seule et en ces temps là c’était chose rare et mal venu. Elle s’était tout d’abord installée dans une des extrémités de la maison familiale - séparée de corps - disait-on alors, puis avait préféré s’isoler dans la petite ville où je la retrouvais accompagnée de ma sœur.
Je me souviens combien elle aimait les roses et s’occupait de celles-ci chaque jour. Les roses grimpaient le long d’une allée de piliers de pierres blanches qui se rejoignaient au dessus de votre tête et laissaient exhaler un parfum sucré autour de leurs pétales colorés telles de multiples ailes de papillons prêts à s’envoler vers les nuages.
Travailler la terre enlever les fleurs et les pétales fanés du bout des doigts lui permettait peut-être à elle aussi de faire taire les pensées qui s’animent en boucle parfois dans la tête avec cette petite voix qui fait des nœuds si fort qu’ils tirent le creux du ventre jusqu’à vomir. Elle mangeait peu, deux, trois petits pois disait mon père avec le cynisme dont il savait parfois faire preuve.
Quand le seul être dont j'ai besoin ne peut-être plus près et que tout semble au bord de s'effondrer je cours chercher des fleurs à planter afin de faire taire la petite voix qui fait tant de noeuds que les mots ne trouvent plus leur place. Est-ce le retour aux origines familiales mes ancêtres regardaient le ciel et semaient, plantaient sur des pans de cette terre qui un jour nous rappelle.
Dans un autre côté de ce délicieux jardin se trouvaient deux bassins qui se répondaient sous la terre et abritaient nénuphars et têtards que j’adorais suivre depuis le bord découvrant alors d‘énormes poissons rouges ou noirs.
Je me souviens aussi de cette voiture noire toujours luisante et sans trace garée devant sa maison donnant sur le parc de la ville. C’était une traction qui semblait directement sortie des films de Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola que je découvrirai plus tard. Elle changea un jour la traction pour une 2 CV rouge afin de pouvoir mieux circuler au bord de l’océan où elle nous fit découvrir de petites criques qui me semblaient connues d’elle seule.
Son regard était lointain toujours, comme si elle s’accrochait à quelques nuages à l’image de ses roses, comme partie ailleurs, là où elle avait enfoui des milliers de secrets.
Elle s’était cassé l’auriculaire et vivait donc ce petit doigt en l’air, mais ce n’était pas par coquetterie mondaine. Sa coquetterie à elle était de l‘avoir serti d’un semainier, sept anneaux d’or attachés ensemble. Elle s’était cassé ce petit doigt au cours d’une chute de cheval. Elle avait été une grande cavalière disait-on d’elle et faisait de grandes ballades jusqu’au village et à travers champs quand elle était plus jeune et que je n’étais pas encore née. Elle avait voulu m’offrir un poney mais mes parents refusèrent sous prétexte que je ne saurais pas prendre soin de lui. J'ai pensé un peu à elle en choisissant moi-même mon propre cheval il y a quelques mois. Il m’est difficile d’imaginer monter aussi bien qu’elle, même si j’ai sans doute quelques aptitudes peut-être trop tardives. Quand l’un et l’autre marchons au même pas, la danse est légère.
Elle avait au premier étage de sa maison qui devenait ma chambre quand je dormais chez elle de belles poupées de porcelaine auxquelles je racontais mes propres secrets et avec lesquelles je m’inventais ma vie de demain.
Je me souviens de cette coupelle de biscuits qu’elle remplissait avant mon arrivée et dans laquelle j’avais l’autorisation de plonger ma petite main autant que je le souhaitais. C’est ainsi qu’auprès d’elle je n’en ai jamais abusé, sa tendresse et ses attentions me comblaient de bien meilleure façon.
Elle est tombée gravement malade ne faisant pas suffisamment attention à ces petites douleurs qu’elle avait parfois du mal à cacher le dernier été où elle avait pu me garder. Elle avait préféré m’emmener une fois encore lire le secret des vagues au bord de l’océan à l’heure où les autres faisaient la sieste où dévoraient d’énormes parts de gâteaux. Et puis elle n’a plus pu se déplacer et elle s’est endormie telle la belle au bois dormant alors que je ne lui avais sans doute pas assez dit combien elle comptait.
J’ai pu seulement lui déposer un dernier baiser. Ce jour là je me suis dirigée ver la roseraie pensant lui parler un peu. Je croyais m’y trouver seule c’est alors que j’ai aperçu mon père qui pleurait. Assis sur le banc de pierre aux pieds des roses il leva vers moi un visage triste et doux puis détourna son regard au delà du mur du jardin je n’ai pas su comment m’approcher.
Je n’ai pas eu droit de l’accompagner au bord du tombeau, trop jeune m’a t’on dit. A leur retour, j’entendais les adultes faire des commentaires sur la cérémonie. Certains parlaient fort comme en colère, d’autres paraissaient étonnés. Prêtant davantage l’oreille à leurs conversations, j’appris que ma grand-mère si douce avec moi avait été aimée au delà de ses jours. Cela choquait sans doute davantage celles qui n’avaient pas connu un amour aussi grand et lui enviaient sa beauté et les honneurs qu’elle avait reçus. On a dit alors d’elle des choses qui l’auraient sans doute blessée un peu mais l’aurait fait sourire aussi. On a dit de jolies choses aussi qui ont fait grandir son mystère à mon oreille d’enfant. Je me souvins que quand elle me gardait elle écrivait beaucoup et recevait des lettres plus épaisses qu’elle préférait lire plus tard dans la soirée quand je serai couchée. Je le comprenais parce qu’elle les mettait alors de côté au bord de son secrétaire et le lendemain elles ne s’y trouvaient plus.
Il avait eu envie de crier au monde combien il l’aimait au delà de son dernier jour au delà du bout de la terre et avait fait envoyer une énorme couronne de roses rouges à la cérémonie funèbre. Elles avaient la couleurs de son désir. Le mien a le goût du sel à la crête des vagues. J'aime les roses blanches pour les embruns et orangées pour les levers du soleil qu'elles évoquent. Elles furent remarquées. Les témoins étaient choqués par l’audace de la couleur pour un enterrement. J’aurais bien aimé connaître cet homme qui connaissait si bien ma grand-mère. Je ne comprenais pas très bien pourquoi il ne vivait pas avec elle. Moi j'aimais tellement ma grand-mère que j'aurais voulu rester chez elle tous les jours. Pourtant, il l’avait tant aimée qu’il lui envoyait ce jour là encore ses roses préférées. Était-ce elle qui avait voulu garder leur relation secrète ? Était-ce lui ? par peur des représailles sociales. Avait-il pu l’embrasser lui aussi avant qu’elle ne s’endorme pour toujours ou était-il malade et dans l’incapacité de la retrouver ? Je pensais combien il devait être triste maintenant. Les connaissait-il ces témoins et était-ce pour cela qu’il avait préféré ne pas venir gardant pour lui pour toujours ce qu’ils avaient partagé ? Tous se demandaient qui il était et se sont longtemps encore interrogés. Mon père l’a-t’il découvert en rangeant ses affaires, il a gardé le secret.
C’est beau d’être aimé ainsi au delà de ses jours. Ma grand-mère m’a ainsi appris que c’était possible.
Les roses trémières le long du mur de sa maison ont continué de fleurir chaque été. J’ai souvent marcher tranquillement dans cette petite rue en sortant du collège puis du lycée avant de retrouver mes parents de l’autre côté de la ville. Je n’en ai rien dit.
Depuis ce temps là, j’ai déménagé de nombreuses fois, cela pourrait m’arriver encore, ce qui ne m'a pas empêchée de regarder en arrière. J’ai pu ainsi conserver en secret le plus doux et laisser enfin sans regret derrière moi certaines des mésaventures de mes années passées. Des roses trémières courront longtemps le long du mur de mon propre jardin.
Je l’ai connue trop peu. Dans mon souvenir elle était douce et se fichait des conventions et des mondanités de cette petite ville dans laquelle elle avait fini par élire son domicile.
Son histoire nous était contée de multiples façons comme si elle s‘était promenée dans La dame de Shangaï ( Orson Welles - Film - 1948 ) au milieu de ce couloir de miroirs et que chacun avait choisi un de ses reflets pour lui-même et la définissait comme tel.
Les autres parlent trop souvent de vous comme ils veulent vous voir et pas toujours tel que vous êtes dans vos limbes les plus secrètes. Ils vous réduisent le plus fréquemment à une image, une seule. Celle-ci sera-t’elle la lecture d’un évènement de votre vie ou bien liée à la leur et vous êtes aussitôt rangés dans un tiroir qu’ils ferment à clé pour toujours, jetant la clé dans le fleuve qui les guide afin de ne plus y revenir. Figé ainsi vous risquez de l’être à jamais !
Si la vie dépose sur votre chemin un être qui vous regarde et vous écoute pour ce que vous êtes et que sa seule présence vous amène à vous ouvrir et à lui dévoiler la part la plus secrète et la plus belle de vous-même, sachez sentir combien vous en avez besoin et admirez le monde à travers son regard. Tout est alors plus beau. Vous avez trouvé l’être auprès de qui vous pouvez déposer toute votre confiance jusqu’au bout de la terre, au delà de vos jours en souhaitant qu’ils soient encore infiniment nombreux. Protégez bien cette part de vous-même. Sans elle, rien n'a plus la même saveur.
Mais restons auprès d’elle encore un peu. Elle avait quelque chose d’indéfinissable que d’autres membres de ma famille ne connaissaient pas et qui m’attirait toujours vers elle. Elle ne cherchait pas à paraître pour le monde extérieur même si elle avait été souvent remarquée et pas seulement pour sa beauté. Elle avait été Résistante au cours de la dernière guerre. Son mari aussi et bien d’autres avec eux. On parlait d’elle dans un énorme livre à ce propos ( en réalité deux énormes livres puisqu’il y avait deux tomes ). Mon père me l’avait donné à lire alors que j’étais à peine entrée dans ce qu’il appelait l’âge de raison. Le livre avait un nom magique dans mon esprit d’enfant « Les terroristes ». Était-ce dû à la religiosité, la fierté avec laquelle mon père me l’avait confié ? Le mettre ainsi entre mes mains, je le sentais, c’était me permettre de faire partie enfin de la liste des grandes ce qui signifiait regain de confiance, chose assez rare dans l’esprit de mon père et des adultes qui m’entouraient ! Malheureusement l’exemplaire n’est plus en ma possession, aléa des différents partages familiaux. A t’il seulement été rangé avec respect sur l‘étagère d‘un salon, j’ai bien peur que non !
J’ai vu cette femme longue et fine pleurer lors d’une cérémonie animée en son honneur et celui de son mari qui était décédé avant ma naissance, pour ce qu'ils avaient accompli. Je l’ai vue assise toute petite, elle si haute au regard de mes jambes d’enfant, repliée sur elle-même et pleurer en silence sur les marches de pierre au bord du tombeau. Et je n’ai pas compris.
Dans mon esprit de petite fille je sentais bien que tous ces drapeaux et ces médailles accrochées à la veste de tous ces hommes montraient leur respect à son égard, d’autant plus qu’elle était la seule femme au milieu d’eux. J’imaginais qu’elle aurait dû être grande et droite. Moi je savais combien j’étais fière des bon-points qui m’étaient attribués par ma maîtresse d’alors dans ma petite école au beau figuier dans la cour immense. Alors je ne comprenais pas comment cette grande dame que j’aimais tant pouvait verser des larmes. De plus, c’était la première fois que je voyais un adulte pleurer. Je n’ai pas compris qu’elle pleure cet homme à qui on l’avait mariée contre son gré m’avait-on dit et dont elle avait choisi de se séparer quelques années après la guerre.
Elle vivait seule et en ces temps là c’était chose rare et mal venu. Elle s’était tout d’abord installée dans une des extrémités de la maison familiale - séparée de corps - disait-on alors, puis avait préféré s’isoler dans la petite ville où je la retrouvais accompagnée de ma sœur.
Je me souviens combien elle aimait les roses et s’occupait de celles-ci chaque jour. Les roses grimpaient le long d’une allée de piliers de pierres blanches qui se rejoignaient au dessus de votre tête et laissaient exhaler un parfum sucré autour de leurs pétales colorés telles de multiples ailes de papillons prêts à s’envoler vers les nuages.
Travailler la terre enlever les fleurs et les pétales fanés du bout des doigts lui permettait peut-être à elle aussi de faire taire les pensées qui s’animent en boucle parfois dans la tête avec cette petite voix qui fait des nœuds si fort qu’ils tirent le creux du ventre jusqu’à vomir. Elle mangeait peu, deux, trois petits pois disait mon père avec le cynisme dont il savait parfois faire preuve.
Quand le seul être dont j'ai besoin ne peut-être plus près et que tout semble au bord de s'effondrer je cours chercher des fleurs à planter afin de faire taire la petite voix qui fait tant de noeuds que les mots ne trouvent plus leur place. Est-ce le retour aux origines familiales mes ancêtres regardaient le ciel et semaient, plantaient sur des pans de cette terre qui un jour nous rappelle.
Dans un autre côté de ce délicieux jardin se trouvaient deux bassins qui se répondaient sous la terre et abritaient nénuphars et têtards que j’adorais suivre depuis le bord découvrant alors d‘énormes poissons rouges ou noirs.
Je me souviens aussi de cette voiture noire toujours luisante et sans trace garée devant sa maison donnant sur le parc de la ville. C’était une traction qui semblait directement sortie des films de Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola que je découvrirai plus tard. Elle changea un jour la traction pour une 2 CV rouge afin de pouvoir mieux circuler au bord de l’océan où elle nous fit découvrir de petites criques qui me semblaient connues d’elle seule.
Son regard était lointain toujours, comme si elle s’accrochait à quelques nuages à l’image de ses roses, comme partie ailleurs, là où elle avait enfoui des milliers de secrets.
Elle s’était cassé l’auriculaire et vivait donc ce petit doigt en l’air, mais ce n’était pas par coquetterie mondaine. Sa coquetterie à elle était de l‘avoir serti d’un semainier, sept anneaux d’or attachés ensemble. Elle s’était cassé ce petit doigt au cours d’une chute de cheval. Elle avait été une grande cavalière disait-on d’elle et faisait de grandes ballades jusqu’au village et à travers champs quand elle était plus jeune et que je n’étais pas encore née. Elle avait voulu m’offrir un poney mais mes parents refusèrent sous prétexte que je ne saurais pas prendre soin de lui. J'ai pensé un peu à elle en choisissant moi-même mon propre cheval il y a quelques mois. Il m’est difficile d’imaginer monter aussi bien qu’elle, même si j’ai sans doute quelques aptitudes peut-être trop tardives. Quand l’un et l’autre marchons au même pas, la danse est légère.
Elle avait au premier étage de sa maison qui devenait ma chambre quand je dormais chez elle de belles poupées de porcelaine auxquelles je racontais mes propres secrets et avec lesquelles je m’inventais ma vie de demain.
Je me souviens de cette coupelle de biscuits qu’elle remplissait avant mon arrivée et dans laquelle j’avais l’autorisation de plonger ma petite main autant que je le souhaitais. C’est ainsi qu’auprès d’elle je n’en ai jamais abusé, sa tendresse et ses attentions me comblaient de bien meilleure façon.
Elle est tombée gravement malade ne faisant pas suffisamment attention à ces petites douleurs qu’elle avait parfois du mal à cacher le dernier été où elle avait pu me garder. Elle avait préféré m’emmener une fois encore lire le secret des vagues au bord de l’océan à l’heure où les autres faisaient la sieste où dévoraient d’énormes parts de gâteaux. Et puis elle n’a plus pu se déplacer et elle s’est endormie telle la belle au bois dormant alors que je ne lui avais sans doute pas assez dit combien elle comptait.
J’ai pu seulement lui déposer un dernier baiser. Ce jour là je me suis dirigée ver la roseraie pensant lui parler un peu. Je croyais m’y trouver seule c’est alors que j’ai aperçu mon père qui pleurait. Assis sur le banc de pierre aux pieds des roses il leva vers moi un visage triste et doux puis détourna son regard au delà du mur du jardin je n’ai pas su comment m’approcher.
Je n’ai pas eu droit de l’accompagner au bord du tombeau, trop jeune m’a t’on dit. A leur retour, j’entendais les adultes faire des commentaires sur la cérémonie. Certains parlaient fort comme en colère, d’autres paraissaient étonnés. Prêtant davantage l’oreille à leurs conversations, j’appris que ma grand-mère si douce avec moi avait été aimée au delà de ses jours. Cela choquait sans doute davantage celles qui n’avaient pas connu un amour aussi grand et lui enviaient sa beauté et les honneurs qu’elle avait reçus. On a dit alors d’elle des choses qui l’auraient sans doute blessée un peu mais l’aurait fait sourire aussi. On a dit de jolies choses aussi qui ont fait grandir son mystère à mon oreille d’enfant. Je me souvins que quand elle me gardait elle écrivait beaucoup et recevait des lettres plus épaisses qu’elle préférait lire plus tard dans la soirée quand je serai couchée. Je le comprenais parce qu’elle les mettait alors de côté au bord de son secrétaire et le lendemain elles ne s’y trouvaient plus.
Il avait eu envie de crier au monde combien il l’aimait au delà de son dernier jour au delà du bout de la terre et avait fait envoyer une énorme couronne de roses rouges à la cérémonie funèbre. Elles avaient la couleurs de son désir. Le mien a le goût du sel à la crête des vagues. J'aime les roses blanches pour les embruns et orangées pour les levers du soleil qu'elles évoquent. Elles furent remarquées. Les témoins étaient choqués par l’audace de la couleur pour un enterrement. J’aurais bien aimé connaître cet homme qui connaissait si bien ma grand-mère. Je ne comprenais pas très bien pourquoi il ne vivait pas avec elle. Moi j'aimais tellement ma grand-mère que j'aurais voulu rester chez elle tous les jours. Pourtant, il l’avait tant aimée qu’il lui envoyait ce jour là encore ses roses préférées. Était-ce elle qui avait voulu garder leur relation secrète ? Était-ce lui ? par peur des représailles sociales. Avait-il pu l’embrasser lui aussi avant qu’elle ne s’endorme pour toujours ou était-il malade et dans l’incapacité de la retrouver ? Je pensais combien il devait être triste maintenant. Les connaissait-il ces témoins et était-ce pour cela qu’il avait préféré ne pas venir gardant pour lui pour toujours ce qu’ils avaient partagé ? Tous se demandaient qui il était et se sont longtemps encore interrogés. Mon père l’a-t’il découvert en rangeant ses affaires, il a gardé le secret.
C’est beau d’être aimé ainsi au delà de ses jours. Ma grand-mère m’a ainsi appris que c’était possible.
Les roses trémières le long du mur de sa maison ont continué de fleurir chaque été. J’ai souvent marcher tranquillement dans cette petite rue en sortant du collège puis du lycée avant de retrouver mes parents de l’autre côté de la ville. Je n’en ai rien dit.
Depuis ce temps là, j’ai déménagé de nombreuses fois, cela pourrait m’arriver encore, ce qui ne m'a pas empêchée de regarder en arrière. J’ai pu ainsi conserver en secret le plus doux et laisser enfin sans regret derrière moi certaines des mésaventures de mes années passées. Des roses trémières courront longtemps le long du mur de mon propre jardin.
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