Nouvelle bannière 2014
Mes Écrits, Collages ou Photos. Victoire D. Commentaires possibles en bas de page.
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dimanche 29 juillet 2012
Souviens-Toi de l'Eté Qui Vient
Souviens-toi de l’Été qui vient
Un Rien, contre l’Oubli
Pièce en un acte
La scène représente la pièce principale d’un lieu à vivre. Très peu de meubles sont entreposés là de telle sorte qu’il est difficile de dire si le lieu vient d’être emménagé, non encore installé ou prêt à être quitté. Les étagères sont vides. Une cantine de métal traine au milieu du plateau.
Est-elle là, prête pour un départ ou attend-elle d’être rangée ?
Sur l’écran blanc au fond de la scène passeront des images du temps passé et présent.
Les premières images sur l’écran sont celles d’une foule en plein air. Ce sont des extraits du film de Woodstock. Jimmy Hendrix explose sur l’écran entamant un de ses morceaux de clôture du festival par l’hymne Américain « Star-Spangled Banner ».
La caméra glisse sur le public du festival comme le surfer sur une vague, laissant peu à peu place à l’océan qui se tague de reflets vert-clair chevauchés par des rubans blancs qui volent au vent. Le morceau de musique se prolonge.
Assise à même le sol face au quatrième mur, face au public, une femme travaille sur des rouleaux de maillechort. Quelques pinces à couper, d’autres utilisées afin de courber le métal sont autour d’elle. Elle mesure, coupe donne des formes. Elle enfile des perles sur le fil de métal. Elle sculpte des sphères et des triangles en volume en y intégrant des perles de couleurs.
Dans son dos, un homme entre, la regarde puis s’échappe dans le fond de la scène vers l’écran et revient vers elle. Il hésite.
Rapidement comme malgré lui, plus proche d’elle,
Lui : Je ne vais pas rester !
Elle lève le regard vers lui essaie de dire un mot mais déçue elle reprend son travail.
Sombre elle attend qu’il parle encore.
Ils restent ainsi longtemps à écouter le vent se remplir du murmure de la vague. Elle raconte avec une infinie tendresse les méandres de leur âme.
La marée est montante et la vague s’affirme avec certitude elle grignote puis avale goulument chacun des grains de sable sur son passage.
Une voix s’élève, la sienne à lui, alors que l’aube se dresse avec la marée qui s’ourle maintenant de ses éclats blancs sur l’horizon les courbes douces et roses du Banc d’Arguin sur l’écran.
Elle : face au quatrième mur, assise à même le sol les yeux parfois baissés en un repli intérieur sur son silence et sa tristesse, face aux objets épars à ses pieds. Comme si elle percevait sa voix à lui, son regard se lève comme porté sur l’océan et l’horizon qui défile dans son dos.
Ta voix se glisse entre les vagues
Et me ramène vers le rivage
Je suis le Cormoran
Qui veille sur ta couche
En effleurant ta bouche
Quand tu dors ma douceur
Je m’élève en langueur
Au delà de la dune
Je joue avec le vent
Le temps de ton sommeil
Je protège tes rêves,
Ma si belle
Quand tu t’éveilles
Ta voix de nouveau en écho
Joue dans le creux des vagues
Ta voix dans sa douceur
Me guide toujours vers toi
Ne t’en fais pas ma douce
Loin ou près
Je veille toujours sur toi
Sur l’écran, dans le désordre temporel comme joue la mémoire des images des combats en Irak des scènes de cour d’école des scènes d’émeute et leurs représailles en Syrie.
Elle enfile de nouveau ses perles avec une concentration intense. Elle sent sa présence si proche mais s’empêche de le regarder tendue inquiète de ce que pourrait signifier son regard à elle posé sur lui. Inquiète de provoquer quelque chose en lui d’irrémédiable.
Puis le regard droit devant elle comme si elle le portait sur l’horizon marin elle lance comme pour elle-même
Elle : C’est la deuxième fois en douze ans que tu me parles ainsi. Ca ne te ressemble pas. En tous cas pas avec moi. Et comme la dernière fois, c’est à cause d’elle.
Lui surpris se redresse le visage perdu le corps à l’écoute.
Elle poursuit : C’est à cause d’elle, je le sais ! Elle t’a jeté si fort te décrivant avec vulgarité je me souviens : Tu étais blessé en colère révolté.
Et puis sans doute comme d’habitude elle te rappelle et tu cours. Je sais que tu vas vers elle comme la dernière fois. Quand cesseras-tu de vouloir lui prouver que tu es quelqu’un de bien. Ne comprends-tu pas qu’elle joue avec toi ? Seulement pour se rassurer elle sans aucune place pour toi !
Lui, se rapprochant doucement d’elle tente de comprendre ses gestes comme s’il les découvrait pour la première fois. Il cherche à la prendre et l’enlacer dans ses bras voulant se blottir dans son dos mais ne le peut pas. Il s’en éloigne soudain. Il est à quelques pas d’elle sentant son souffle et y étant sensible. Il s’approche de nouveau comme ces demoiselles, libellules bleues, cherchent les éclaboussures au bord du cours d’eau, avec douceur, le regard tendu vers elle. Il se retient et repart encore.
Elle : Les yeux sur son ouvrage puis sur l’horizon de nouveau :
Il y a des gens qui ont besoin de nous voir laid. Qu’est-ce-que cela peut faire ? Ce qui compte c’est d’être entendu par ceux que l’on aime. Les autres sont sans importance.
Un temps
Je croyais que tu m’aimais…
Elle se tait les yeux baissés de nouveau sur son travail. Le corps triste.
Apparaissent sur l’écran des extraits d’un des derniers ballets de Béjart « Zarathoustra, le chant de la Danse».
Lui : Tu m’as dit que tu étais guérie. Je ne veux plus avoir peur.
Elle : le coupe avec fermeté
Arrête !
Il la regarde le visage tendu. Il est rare qu’elle parle ainsi.
Puis avec une extrême douceur elle dit :
Ne fais pas cela…
Elle poursuit :
Cela n’a rien à voir avec moi !
Tu ressembles juste à l’adolescent qui cherche la reconnaissance de sa mère même si elle le torture encore et encore.
Sur l’écran en fond de scène des images de civiles étendus dans des rues embrasées. Des gens courent alors qu’une voix grave de femme s’élève au dessus des images. Sa voix à elle.
Lui s’éloigne de nouveau lentement le regard tendu vers elle comme malgré lui. Il se tait.
De temps à autres comme en image subliminale à rythme plus ou moins régulier une vieille femme apparait sur l’écran. Elle marche légèrement courbée, malhabile, dans les allées d’un cimetière un bouquet de violettes à la main. D’autres fleurs seront dans ses mains en fonction des saisons. Sa tenue vestimentaire sera changeante elle aussi afin de représenter la répétition et l’écoulement du temps tout au long de la représentation.
Le trouveront-ils un jour
Ce bel équilibre nuit-jour ?
Dis-leur toi,
Que ce temps n'est pas seulement
Celui d'un jour
A l'heure du solstice.
Que ce n'est pas le seul privilège
D'un instant
Dis-leur toi
Que tu ne comprends pas leurs peurs,
Que c’est ainsi que leur relation se tend
Et ressemble parfois
A la lutte des débuts
Entre le cheval et la cavalière
Mais que parce que c’est elle,
Et que parce que c'est lui
Dis-leur encore
Que toi tu le sais
Parce que c'est lui
Et qu'il s'agit d'elle
Qu’ils sont arrivés là
Où les souffles se posent
Lui : J’ai peur.
Sur l’écran naissent des défilés politiques mêlés à des images de Fukushima mais aussi des images d’il y a une dizaine d’années allant de l’écroulement des tours du World Trade Center, des tremblements de terre à Bam et à Haïti des scènes de défilés de premier mai à travers le monde des images de trente et un décembre à travers le monde avec en fond sonore des extraits de Stan Getz « The Lost Session »
Elle : En ne restant pas !
Lui : J’ai vu ma mère marcher en silence le long de cette allée de cèdre pour rejoindre mon père sous la pierre et déposer chaque jour un bouquet de violettes. Je ne veux pas que tu ressembles à ma mère. Le temps a passé et je l’ai vue contrainte et fatiguée. Les premières fois devant la pierre, elle lui parlait de leur amour et de leur vie quand il marchait à ses côtés.
Richard Galliano joue Piazzolla puis Dylan chante « Blow in The Wind » sur des images de changement d’investiture présidentielle allant de Chirac à Hollande.
Lui regarde l’écran défilé quand il s’éloigne d’elle et se tait puis se tourne de nouveau vers elle. Son regard suit la courbe de ses épaules et son cou et ses mains qui s’activent.
Il reprend :
Elle lui racontait ses jours après son départ. Elle y allait plusieurs fois par semaine. Puis ses visites se sont estompées. Aujourd’hui son pas est lent et contraint Elle n’y va plus qu’avec moi, une fois par an. Face à la pierre elle ne sait plus pourquoi elle vient elle ne sait plus la couleur de ses yeux. C’est comme si elle ne savait plus ce qu’elle éprouve. Elle est juste là sans âme faisant le trajet comme d’autre vont acheter leur pain c’est une forme de nécessité sans objet.
Je ne veux pas que tu connaisses ce trajet là je ne veux pas t’imposer cela.
Une voix, la sienne à lui s’étend au dessus de l’horizon au dessus de Dylan jouant «Knockin’ on Heaven’s Door»
« Je voudrais que tu retrouves nos pas au milieu de chacune des pages que j’ai pu t’écrire. Tu n’auras qu’à les relire. Je sais que tu fais ça si bien et tu sauras qui je suis et combien je ne t’ai pas oubliée.
Tu seras toujours ce regard fougère et tous ces mots et tous ces silences partagés loin ou près je suis toujours avec toi au fond de mes poches, précieuse et fragile indispensable. »
Elle, comme percevant sa voix à lui, regarde l’horizon comme elle s’appuierait sur la mer. Elle essuie ce qu’elle voudrait être la brume humide à l’orée de ses paupières des reflets brillent dans ses prunelles des reflets d’océans et de douceur.
Lui reprend :
Tu te tais. Au fond de toi, tu sais ces choses là. Continue à regarder la mer ne te retourne pas je suis le grain de sable je suis la vague on n’est sans doute pas assez forts pour ce monde là qui grouille au dehors.
Pina Bausch danse sur l’écran accompagnant son ballet « Orphée et Eurydice», images fondues avec des images d’Adjani dans la Dame aux Camélia. Puis apparait la vieille femme se balance dans un fauteuil à bascule sur une véranda donnant sur l’océan.
Elle, après un silence comme prise par l’océan dans son dos derrière ses mots au dessus des vagues :
Tu as peur que je t’oublie comme ta mère aurait - selon toi - oublié ton père. Tu sais tant de choses et pourtant tu n’as rien compris.
Au début ta mère avait besoin d’aller chaque jour voir la pierre où repose ton père parce que la séparation était violente pour elle. Elle a peu à peu cessé mais n’a jamais oublié. Elle a seulement compris que ton père était toujours présent vivant au fond d’elle rien que pour elle.
Naissent des images du World Trade Center 2012 suivi de celles de Haïti où les populations sont toujours dans des camps sous des tentes des services humanitaires alors que Fukushima avance lentement dans sa décontamination inutile et fragile.
Lui semble happé par l’écran mais son dos se tend à chacun de ses mots à elle.
Elle poursuit :
Elle a su qu’il lui suffisait de regarder en elle pour le retrouver vivre chacun des instants précieux passés ensemble afin de les laisser vivre encore intensément. Elle n’avait pas besoin que les autres sachent encore moins toi qui la juges de façon si amère à chacun de ses pas vers lui.
Il la regarde alors que l’océan envahit de nouveau l’écran dans des couleurs dorées et vertes. Seul le chant des vagues avec force envahissent l’écran.
Et c’est justement parce qu’ils ont vécu toutes ses choses secrètes ensemble qu’il est toujours vivant en elle. Tu voudrais partir afin d’éviter de souffrir afin d’éviter que je te vois vieillir ou que la vie m’abime. Mais c’est ainsi que tu vas me perdre et que nous disparaitrons trop vite de la terre.
Sa voix à lui derrière l’écran
« Ne t’en fais pas ma douceur, nos mains resteront liées quelle que soit la saison quoi qu’en disent les vents. Malgré le monde et toutes ses déraisons les vents pour nous ne seront jamais contraires. Ne t’en fais pas toujours on s’aimera, on tiendra.
Viens, allons vers l’ombre de la dune. Là où le ciel se peint en rose entre nuages et banc de sable. Viens donne-moi ta main. Ne me lâche pas. Dans mes bras tu pourras dormir. Je suis juste là ma douceur. Il y aura d’autres matins ou nous ne connaitrons pas les chagrins. »
Comme s’il entendait et reconnaissait sa voix, il se tourne vers elle plus intensément s’approche si près qu’il pourrait l’effleurer et pour la première fois il l’aide. Il prend dans ses mains les figures finies sphères et triangles et les lui tend. En silence
Mahalia Jackson prend le relai avec « Trouble of the World » et enveloppe tout l’espace de sa puissance.
Elle les prend de ses mains à son tour. Elle lève les yeux vers lui intensément pour la première fois elle lui sourit.
Elle les accroche sur les bases de métal qu’elle vient de mettre en place afin d’en vérifier l’équilibre. Un mobile a pris forme et se meut dans l’espace ayant trouvé son équilibre.
La lumière baisse doucement dans la salle. Seul l’océan en fond d’écran éclaire le couchant en feu ocre et vert gris bleu.
Lui se dirige vers la cantine.
Elle : Je n’ai pas peur d’être seule…
Et je n’ai pas peur de mourir !
Il se retourne vers elle interrogatif puis il lui sourit.
L’idée d’être séparée de toi pour toujours m’est tout simplement insupportable.
Un temps. Ils se regardent intensément en silence.
Je t’aime.
Il soutient son regard encore un peu puis se penche vers la cantine lentement. Il ouvre le couvercle et la vide de ses livres avec délicatesse. Il les aligne consciencieusement dans les étagères jusque là restées vides.
Puis vient la nuit et peu à peu le silence des vagues même.
lundi 16 juillet 2012
vendredi 13 juillet 2012
lundi 28 mai 2012
samedi 26 mai 2012
jeudi 24 mai 2012
dimanche 20 mai 2012
Instants Précieux
Biscarrosse - Or - Mai 2012
A travers ces pierres finement sculptées, vivent secrètement les pensées de celui qui a si finement incrusté de ses mains de sublimes images. J’ai vu des pierres j’ai vu la mer. J’ai eu envie de partir loin. J’ai souhaité un instant ne jamais revenir.
J’ai regardé les gris les verts dessinés par la vague. J’ai écouté le vent.
Les vagues qui toujours m’apaisent quel que soit le climat, quelle que soit la lumière.
Face à elles, il est délicieux d’être là sans trop savoir ni comment ni pourquoi.
Je suis de retour.
Je suis de retour.
vendredi 11 mai 2012
vendredi 4 mai 2012
samedi 17 mars 2012
La Neige Pourpre
La foudre est tombée raide et criarde.
La côte découpée et tendre
Bordée de ce liseré blanc
Qui ondule au gré des vents et des marées
A perdu ses reflets aveuglants
Pour se couvrir de cendres.
Les notes douces des embruns
Se sont déchirées dans le silence.
La neige saurait être belle
Mais l’hiver peut-être parfois long
Quand la neige est couverte de sang.
J’ai vu des corps étouffés déchiquetés sur les sols de Syrie.
Et le silence dure.
J’ai vu des enfants et des femmes fusillés
Dans des villages au travers des images dessinées
Dans le film audacieux d’Ari Folman
Evoquant les massacres de Sabra et Chatila.
La neige est sale et le rouge reste cru
Et le rouge devient pourpre.
Beyrouth reste au loin et dans un autre temps
Mais naissent d’autres lieux
Dans des décombres
Où les ombres restent sombres.
J’ai vu des larmes aussi, trop de larmes,
Dans les yeux des enfants d’ici,
Mais c’est une autre guerre.
Dans les pétales des fleurs
Dans les reflets tièdes de la terre
J’ai senti les embruns,
J’ai écouté Dylan et Hendrix
Et les Who,
J’ai écouté des blues aussi
Et j’ai vu des marelles
Dans les reflets du ciel.
A l’ode de mots sans nom,
Nos doigts qui se souviennent
De cet été qui vient,
Écriront bien encore
Des arabesques folles
Sur d’infinis rivages.
Nos doigts qui se souviennent
De cet été qui vient,
Écriront bien encore
Des arabesques folles
Sur d’infinis rivages.
samedi 3 mars 2012
lundi 6 février 2012
Le Virtuel
image de l'auteur
Un clic et le super marché déverse quelques minutes plus tard au sein de votre coffre la commande de victuailles effectuée de votre canapé, à moins que vous ne préfériez opter pour la livraison ! Ou comment éviter les microbes et les agressions imaginaires que vous rappelle votre écran plat.
Vous pouvez tout aussi bien découvrir une recette un spectacle ou la quatrième page du dernier livre à la mode vous aurez même accès à quelques extraits et vous en parlerez comme si vous y étiez. A votre nouveau look vous pourrez vous atteler vous qui ne sortez plus puis en quelques clics quand on vous dit « bouger » vous cherchez votre Wi-i à quoi sert de sortir de respirer de regarder le ciel vous aimez cette vie en famille sclérosée dans vos murs à l’abri d’un regard ou de la dernière grippe annoncée.
image de l'auteur
Certains passent ainsi commande de l’âme sœur promet-on en quelques mots et deux photos sur l’écran gris de leur ordinateur. Galvaudons les mots sans peur, après tout le dictionnaire se permet bien quelques largesses.
A l’orée de ce siècle clic-clic ! Laissez dormir les petites vieilles chutées sur le carrelage ou le bord du tapis et les solitaires à l’ombre de leurs verrous. Sauvons les banques et la planète !
Effet virtuel !!!
Mais peut-être n’avez-vous jamais écouté le vent qui transporte quelques rêves secrets au fil des nuages et des rais de lumière même en hiver. Ouvrez grand votre nez au bord d’une marée. Que dire du grain de sable qui se glisse avec cette douceur tiède entre les plis de vos orteils ?
Ce matin j’ai gratté la neige afin que ceux qui prennent encore le risque de montrer leur nez ne regrettent pas l’audace de leur premier réveil.
J’y ai lu la douceur du vent et des sourires. J’y ai perçu le grain de ta peau et la saveur des mots.
image de l'auteur
dimanche 1 janvier 2012
samedi 24 septembre 2011
La Lettre
Noémie bouge lentement à l’étage. Les paupières encore alourdies, elle entrouvre les persiennes. C’est l’aube au-dehors. La brume enveloppe des collines desséchées comme pour les protéger d’un regard trop pressé. Elle se décide enfin, bascule sur les marches de l’escalier qu’elle dévale avec lourdeur pour arpenter le rez-de-chaussée avec lenteur. J’aime son pas à la nonchalance un peu lourde qui n’appartient qu’à elle. Elle me murmure un bonjour inarticulé en poussant la porte d’entrée.
- " Noémie tu es nu-pieds. "
- " Et alors ! " me répond-t-elle agacée.
- " Noémie tu es nu-pieds. "
- " Et alors ! " me répond-t-elle agacée.
Indifférente, je l’aurais sans doute inquiétée. Je la sens sourire. La pièce où je vis est sombre. Les murs sont épais et le plafond bas. J’ai froid. Noémie est vulnérable. Je me demande avec effroi ce qu’elle va devenir. Chaque minute du jour ou de la nuit est pour elle un éternel combat qui la fait frémir et altère son magnifique visage. Toujours elle bouge, tourne, se cogne, tandis que les mots, en elle, se taisent. Je me demande toujours d’où peut provenir cette peur qui l’habite et quand sera-t-elle apaisée.
* * *
Je me souviendrai jusqu’à ma dernière heure de l’instant où elle se heurta pour la première fois à mon espace. Mes yeux se nourrissent de la nuit. Les bras légèrement portés en avant je me suis avancée vers elle avec maladresse et j’ai senti son petit corps frissonner malgré ses trois ans. Sa tête s’est balancée afin de fuir ce qui restait de mon regard. Elle s’est échappée sur le sentier et la religieuse qui l’accompagnait l’a rudoyée.
Le soir, seule avec moi, elle s’est blottie contre la porte d’entrée. Mon fils Gabriel s’était protégé à l’étage. Assise sur la marche de pierre, son corps répond à chacun des bruits insolites que je ne perçois qu’à travers elle. Je lui ai parlé longuement, réinventant pour elle ma vie ici. Mais elle s’était murée dans le silence.
Je l’aimais déjà !
Je lui décrivis le jardin potager et les tâches que je devais y accomplir chaque jour. Sans espoir je lui proposai de m’y accompagner. M’engageant avec maladresse sur la terre humide, je sentis sa présence fragile dans mon dos.
Est-ce parce que ma voix lui avait soudain paru plus douce ? Est-ce parce que je lui avais demandé son aide pour cueillir les fruits mûrs que je ne pouvais discerner ? Elle ne me le dirait jamais mais elle resta à mes côtés.
Elle cessa de trembler et accueillit, non sans un sursaut, la paume de ma main sur sa chevelure d’ébène. Elle sentait la lavande et j’en aimais le parfum. Je le lui dis. Elle se rapprocha de moi, se pencha un peu et m’offrit sa nuque en me l’indiquant de ses doigts d’enfant.
Je ne sais pourquoi elle venait de me choisir et m’avait apprivoisée.
Auprès de moi, longtemps elle garda le silence. Je pleurais parfois reconnaissant la douleur de ce petit corps à l’histoire morcelée. Ce temps-là me sembla une éternité !
Une nuit, les larmes habitant mon sommeil, je perçus son pas hésitant sur le parquet de ma chambre. Elle n’en avait jamais encore franchi le seuil. J’attendis espérant un instant indéfinissable.
Elle approcha sa petite main tremblante de mon visage murmurant un « pardon » à mon oreille. Surprise par le son de sa voix, dans ma nuit, j’entrouvris les paupières. Je la pris dans mes bras et la berçais avec tendresse.
- « Je ne voulais pas vous faire de mal. » murmura-t-elle avant de s’endormir tout contre moi tel un louveteau sur le ventre de sa mère.
* * *
Au-dehors, Noémie retournait la terre sèche à l’aide d’une fourche au manche usagé. Son front se plissait et son dos ruisselant ployait afin de vaincre l’effort. Le fils de Mamouchka était parti depuis de longs mois et elle se languissait en silence.
Cette vieille femme l’exaspérait en la conseillant depuis son fauteuil chaque matin le visage impassible.
-« Ne fais pas des rangs trop serrés ! » disait-elle toujours.
-« Quels rangs ? Qu’est-ce-que ça peut faire ? » lui répondait-elle avec violence.
-« Ne parle pas ainsi. Tu me fais mal. »
-« Et alors ! » reprenait la jeune fille pour elle-même, détestant ce ton de victime que l’autre prenait espérant la rendre coupable.
- « Noémie. Viens près de moi ! »
Elle allait encore la flatter de sa morale. Noémie sauvage et silencieuse se dirigeait vers l’extérieur.
-« C’est facile d’être toujours douce et mielleuse ! » venait-elle d’ajouter avant de claquer la porte derrière elle.
* * *
Des yeux morts de Mamouchka naissaient des larmes amères. Que s’était-il passé pour que cette enfant semble tellement la haïr ?
Une voiture venait de s’arrêter au bout du sentier. Reconnaissant le facteur, Noémie s’avança à sa rencontre. Elle arracha la lettre des mains du vieil homme. Hésitant un instant, elle découvrit un timbre étranger et l’écriture serrée de Gabriel. Son corps se mit à frémir.
Elle aurait aimé l’ouvrir mais elle était adressée à Mamouchka.
De toute façon elle ne pourra pas la lire ! se dit-elle. Le regard provoquant à l’adresse de Mamouchka, elle déchira le papier flétri par le transport. Un instant satisfaite de transgresser les règles établi par la vieille dame elle n’était déjà plus intéressée.
-« Noémie qu’est-ce-que c’est ? »
-« Une lettre de Gabriel. Votre très cher Gabriel ! » reprit-elle lui jetant l’enveloppe sur les genoux avant de grimper l’escalier.
Le regard de la femme se ferma derrière ses paupières.
A l’étage, Noémie martelait le sol et tournait dans sa chambre ouvrant et referma les tiroirs de sa commode.
Mamouchka l’écoutait. Ses doigts tremblant parcourraient le papier le humant essayant en vain de saisir le sens des mots.
Blessée de cette dépendance elle froissa les feuillets entre ses paumes et les pressa dans les plis de sa robe.
Noémie descendit enfin et la dévisagea en silence. Une douleur inexprimée imprégnait son visage.
-« Je vais partir ! » dit-elle.
La femme leva la tête dans sa direction.
S’engageant sur le chemin Noémie malgré elle perçut les derniers mots de Mamouchka :
-« Je ne comprends pas. Ma porte te serra toujours ouverte. Quand croiras-tu que dans cette maison tu es profondément aimée ?
* * *
Au bout du sentier voyant un homme s’avancer vers elle la jeune fille hésita. Seul le facteur prenait ce chemin.
Dans sa mémoire jaillit alors le souvenir de ses jeux d’enfant avec Gabriel. Le jeune homme avait une barbe naissante mais elle n’avait jamais oublié ce regard.
A ma fille
jeudi 22 septembre 2011
Une Couronne de Lauriers
mardi 2 août 2011
Promesses Délicieuses
L’aube dure et moite au-dehors
Parlerait presque d’un froid de novembre
Avec des mémoires d’un ailleurs douloureux et blessant
Où les meurtrissures s’étalent
Et ne peuvent se décrire
Au-delà du divan marron et froissé
Du professionnel des secrets malmenés
Avec la surprise d’une valse au cœur de la pluie
La douceur d’une caresse sous un ciel terne
Quand nos mains se rejoignent
Et font vibrer les sens
La vie est ainsi faite
De promesses tellement délicieuses
Au-delà d’une danse que tu choisis
Où tu inventes nos pas
Quand nos bouches murmurent
Des chants d’un autre monde
Qui évoquent la houle
Sous les vents frais du large
Quand tu viens en douceur défroisser
Mes paupières un peu lourdes au réveil,
Délicate,
Ta main d’une caresse efface tous les passés
Délicate,
Ta main d’une caresse efface tous les passés
Tes lèvres toujours douces et leur murmure profond
Indescriptible sinon ce serait de l’impudeur
Que j’aime tes secrets dans les plis de ma peau
Murmurés divulgués
Quand les marées se lèvent
Et que la terre humide se vêt de blés dorés
Qui dansent sous le vent en évoquant les ombres
Douces, parfois brunes, sur le sable d’un jaune pâle
Sous les reflets du vent
Quand le ciel reste tendre
La vie est ainsi faite de si précieuses promesses
A Gustave, mon Cher Neveux
Un peu surprise par tes attentes ce jour-là, je n’ai pas su répondre à tes questions. De ce temps là, je ne sais pas très bien quoi t’en dire. Je ne vais pas t’en parler avec mon regard, je vais essayer de retrouver tes yeux d’enfant, tes yeux de cette hauteur-là.
En ce temps-là tu voyais le monde à la hauteur de mes genoux quand tu étais debout. Et tu tenais debout depuis bien peu de temps. Tu étais un magnifique petit garçon et tu riais beaucoup. Tu t’émerveillais de tout.
Tu arrivais souvent par la grande rue celle qui arrivait de l’autoroute ou bien directement depuis la maison de tes grands-parents. Quand tes parents ouvraient la porte tu avais déjà trois hautes marches à grimper. Impossible de te hisser tout seul d’une marche à l’autre à ton âge. On te soulevait en mettant les deux mains sous tes aisselles afin de te soutenir et t’aider un peu.
Là, l’exploration du jardin valait bien n’importe quel conte de Perrault ou de Grimm. Tout devenait intéressant pour toi.
Contre les marches sur lesquelles tu avais enfin trouvé une stabilité poussait un arbuste garni de petites fleurs blanches telles des étoiles des diamants en suspension au milieu de son feuillage vert tendre. Elles scintillaient dans la lumière douce du soleil. J’adorais son odeur et te la faisais partager comme elle l’avait fait avec moi et tous les autres sans doute. C’était un … Bon sang, j’ai encore oublié le nom !!! C’est elle qui l’avait planté et nous l’avait fait découvrir. Mais oui ! Seringa, jasmin des Poètes, c’est joli tu ne trouves pas ! Mais ces fleurs là étaient portées par des brindilles légères qui piquaient un peu. Alors toi, tu aimais bien davantage ce qui se trouvait à ses pieds. Tu les cherchais déjà dès ton arrivée. Un peu plus bas, à hauteur de tes petites chaussures, naissaient de petits points rouges perdus au milieu de toutes petites feuilles vertes. Ces fruits-là avaient un goût délicieux et croquaient un peu sous la langue quand tu fermais la bouche avec hésitation.
Il y avait toujours ce minuscule panier d’osier qu’elle avait acheté exprès et uniquement pour toi. Il était à ta taille. Son anse délicate juste faîtes pour tes petites mains à peine mobiles encore. Il était aussi là à la taille de ces petits fruits rouges. Ces petits points de couleur vive tels de petits éclats de braises étaient cachés en réalité dans tous les coins du jardin. Des Fraises-des-bois qu’elle avait réussi à planter ça et là, au pied d’un arbre, dans un buisson, au milieu des Marguerites et des Dahlias, au pied de cette pierre ancienne, borne kilométrique, trouvée sans doute au bord d’une route ou d’un sentier. Je ne sais !
Sur la gauche en descendant juste à côté d’une ancienne fontaine de pierre court une clématite. Celle-ci est d’un bleu-sombre et grimpe très haut sur le mur à travers les feuillages. Attention, il y a là encore trois marches à descendre avant d’être sur la terrasse !
Enfin tu retrouves ton tracteur rouge aux pédales jaunes comme des soleils. Elle l’a sorti avant ton arrivée. Elle pense à tout ! La glycine qui longe la baie vitrée depuis de longues années, bien avant que nous connaissions cette maison, dégage un parfum sucré au travers de ces grappes mauve-clair le long de ses lourds et noueux branchages.
Tu peux gambader enfin sans crainte ! La joie de la suivre partout, elle qui t’accueille toujours avec tant d’emphase éveille chez toi un rire clair.
Sais-tu que ton père l’appelait La Castafiore en référence à « Tintin au Tibet ».
Tu venais me voir en pédalant fermement sur ton petit tracteur rouge. Elle t’accompagnait à pied et te poussait un peu parfois car la pente était traître pour tes petites jambes. J’entendais ta petite voix de loin quand tu m’appelais.
Tu aimais bien venir voir les oiseaux que j’avais installés dans une grande volière construite entre intérieur et extérieur. C’était incroyable comme tu étais curieux de tout et tellement rieur. Il y avait là deux rossignols du Japon que tu reconnaissais. Chez toi ton père les gardait en liberté dans votre appartement. Tu découvrais d’autres espèces au plumage coloré et varié.
La plage était toute proche alors tu faisais tes premiers pas dans le sable fin et elle te montrait l’intérêt du seau et de la pelle. Avec toi, elle était patiente et drôle. Le temps s’arrêtait pour elle. Elle était toute pour toi.
Peut-être ces quelques pages écrites pour toi t’apporteront un peu de ce temps là toi qui t’interrogeais ayant perdu tes souvenirs.
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