Des Recueils de l'auteur

Le livre LA NEIGE POURPRE Le livre CERTITUDES Le livre SANS LIMITES Le livre N\'ECOUTEZ PAS Le livre Sous le Ciel de mes Nuits Le livre La Rose des Sables Le livre Un Théâtre de Lucioles Le livre Une Couronne de Lauriers

lundi 28 mai 2012

Quand la ville s'éveille





Fontaine des Saints Innocents
Paris - Mai 2012

Le Baptême




Photo - Mai 2012

Femmes de Mai





Fontaine des Saints Innocents
Paris - Mai 2012

samedi 26 mai 2012

jeudi 24 mai 2012

Rivage


 Biscarrosse - Mai 2012



Biscarrosse - Mai 2012

Reflet ou fond du lac


Gastes - Landes - Mai 2012

Ciel d'orage



Biscarrosse - Mai 2012




Biscarrosse - Mai 2012

mardi 22 mai 2012

La Neige Pourpre - Nouveau Recueil

Le livre LA NEIGE POURPRE



Tout comme le serait

La surprise d’une valse au cœur de la pluie,

La douceur d’une caresse sous un ciel terne

Des mains qui se rejoignent

Et font vibrer les sens,

Ce livre est ainsi fait

De terreurs et de saveurs inattendues

De silences et de promesses délicieuses.


Cliquer sur l'étiquette pour passer votre commande
Bonne lecture
VD


dimanche 20 mai 2012

Instants Précieux




Biscarrosse - Or - Mai 2012



A travers ces pierres finement sculptées, vivent secrètement les pensées de celui qui a si finement incrusté de ses mains de sublimes images. J’ai vu des pierres j’ai vu la mer. J’ai eu envie de partir loin. J’ai souhaité un instant ne jamais revenir.

J’ai regardé les gris les verts dessinés par la vague. J’ai écouté le vent.
Les vagues qui toujours m’apaisent quel que soit le climat, quelle que soit la lumière.

Face à elles, il est délicieux d’être là sans trop savoir ni comment ni pourquoi.
Je suis de retour.



samedi 19 mai 2012

Un Rien, contre l’Oubli







Souviens-toi de l’Été qui vient…

Un Rien, contre l’Oubli


Pièce en un acte


La scène représente la pièce principale d’un lieu à vivre. Très peu de meubles sont entreposés là de telle sorte qu’il est difficile de dire si le lieu vient d’être emménagé non encore installé ou prêt à être quitté. Les étagères sont vides. Une cantine de métal traine au milieu du plateau légèrement dans son dos à elle.

Est-elle là, prête pour un départ ou attend-elle d’être rangée ?



Sur l’écran blanc au fond de la scène durant leur échange passeront des images du temps passé et présent.

Les premières images sur l’écran sont celles d’une foule en plein air. Ce sont des extraits du film de Woodstock. Jimmy Hendrix explose sur l’écran entamant un de ses morceaux de clôture du festival par l’hymne Américain « Star-Spangled Banner ».

La caméra glisse sur le public comme sur une vague, laissant peu à peu place à l’océan qui se tague de reflets vert clair chevauchés par des rubans blancs qui volent au vent alors que le morceau de musique se poursuit.

Assise à même le sol face au quatrième mur, face au public, elle travaille sur des rouleaux de maillechort. Quelques pinces à couper, d’autres utilisées afin de courber le métal sont autour d’elle. Elle mesure, coupe donne des formes. Elle enfile des perles sur le fil de métal. Elle sculpte des sphères et des triangles en volume en y intégrant des perles de couleurs.

Dans son dos, lui, la regarde puis s’échappe dans le fond de la scène vers l’écran et revient vers elle.

Nous comprenons qu’ils sont ainsi là depuis longtemps à écouter le vent se remplir du murmure de la vague. Elle raconte avec une infinie tendresse les méandres de leur âme.

La marée est montante et la vague s’affirme avec certitude elle grignote puis avale goulument chacun des grains de sable sur son passage.

Une voix s’élève la sienne à lui alors que l’aube se dresse avec la marée qui s’ourle maintenant de ses éclats blancs sur l’horizon les courbes douces et roses du Banc d’Arguin sur l’écran.

Elle : face au quatrième mur, assise à même le sol les yeux parfois baissés en un repli intérieur sur son silence et sa tristesse, face aux objets épars à ses pieds. En percevant sa voix à lui, son regard se lève comme porté sur l’océan et l’horizon qui défile dans son dos.




Ta voix se glisse entre les vagues

Et me ramène vers le rivage

Je suis le Cormoran

Qui veille sur ta couche

En effleurant ta bouche



Quand tu dors ma douceur

Je m’élève en langueur

Au delà de la dune

Je joue avec le vent



Le temps de ton sommeil

Je protège tes rêves,

Ma si belle

Quand tu t’éveilles

Ta voix de nouveau en écho

Joue dans le creux des vagues



Ta voix dans sa douceur

Me guide toujours vers toi

Ne t’en fais pas ma douce

Loin ou près

Je veille toujours sur toi


Sur l’écran, dans le désordre temporel comme joue la mémoire des images des combats en Irak des scènes de cour d’école des scènes d’émeute et leurs représailles en Syrie.

Elle enfile de nouveau ses perles avec une concentration intense. Elle sent sa présence si proche mais s’empêche de le regarder tendue inquiète de ce que pourrait signifier son regard à elle posé sur lui. Inquiète de provoquer quelque chose en lui d’irrémédiable.

Lui : se rapprochant doucement d’elle tentant de comprendre ses gestes comme s’il les découvrait pour la première fois cherchant à la prendre et l’enlacer dans ses bras voulant se blottir dans son dos, s’en éloignant soudain quand il est à quelques centimètres d’elle sentant son souffle et y étant sensible. Se rapprochant de nouveau aussitôt vers elle avec douceur le regard tendu vers elle. Il se retient et repart encore.

Apparaissent sur l’écran des extraits d’un des derniers ballets de Béjart « Zarathoustra, le chant de la Danse».



Lui : Voudrais-tu que je te dise combien ce n’est plus ton regard de soie que je croise mais sa bouche à elle pleine d’amertume et de colère que je vois.

Tu m’as dit que tu étais guérie afin de me rassurer. Je ne veux plus avoir peur.

Voudrais-tu que je te dise que je préfère la lumière des jours passés que je ne veux pas partager demain car demain signifierait devoir te perdre sans savoir t’accompagner sans pouvoir me résigner. Te perdre est impossible je préfère te lâcher. Comprends-tu la nuance. Te perdre c’est subir te lâcher c’est rester maître de chacun de mes souvenirs. Je tiens à ces souvenirs.

Sur l’écran en fond de scène des images de civiles étendus dans des rues embrasées. Des gens courent alors qu’une voix grave de femme s’élève au dessus des images. Sa voix à elle.

Lui s’éloigne de nouveau lentement le regard tendu vers elle comme malgré lui. Il se tait.

De temps à autres comme en image subliminale à rythme plus ou moins régulier une vieille femme apparait sur l’écran. Elle marche légèrement courbée, malhabile, dans les allées d’un cimetière un bouquet de violettes à la main. D’autres fleurs seront dans ses mains en fonction des saisons. Sa tenue vestimentaire sera changeante elle aussi afin de représenter la répétition et l’écoulement du temps tout au long de la représentation.

Le trouveront-ils un jour

Ce bel équilibre nuit-jour ?



Dis-leur toi,

Que ce temps n'est pas seulement

Celui d'un jour

A l'heure du solstice.



Que ce n'est pas le seul privilège

D'un instant

Comme à l'heure où

Le travail bien accompli

La cavalière oublie

La douleur des muscles

Et le temps de l'effort

Et que dans le tracé

Seul compte

Le souffle et le rythme des corps.

Il devient impossible alors

De sentir qui

Du cheval ou des doigts doux

De la cavalière

Le premier entreprend la figure.



Dis-leur toi

Que tu ne comprends pas leur peur,

Que c’est ainsi que leur relation se tend

Et ressemble parfois

A la lutte des débuts

Entre le cheval et la cavalière

Quand le cheval doit céder

Et la cavalière être moins exigeante.



Mais que parce que c’est elle,

Elle cherche depuis longtemps,

Depuis ce temps de leur rencontre,

A suivre son rythme

Et lui montrer sa confiance



Et que parce que c'est lui

Il a toujours écouté

Son souffle et le rythme de sa voix,

Il a toujours su l'entendre,

A toujours été là,

Rassurant

Qu'il s'agisse du temps de ses doutes

Ou du temps de ses larmes

Quand elle lui parle

Et même quand elle se tait.

Il l’a toujours respectée

Même au début

Quand elle avait encore peur

De perdre le cap.



Dis-leur toi,

Que tu sais combien il reste peu d'effort



Dis-leur encore

Que toi tu le sais

Parce que c'est lui

Et qu'il s'agit d'elle

Qu’ils sauront trouver ce rythme

Ou la peur n’a plus sa place.



Que ce temps de maintenant

N’est plus celui où chacun se cabre

Qu’ils sont arrivés là

Où les souffles se posent

Confiants même dans leur silence

Et malgré l’absence



Et que non ce n'est pas

Le privilège des solstices

Ni celui des chevaux

Que tu le sais toi

Parce que c'est lui

Et qu'il s'agit d'elle.

Lui : J’ai peur.

Je me souviens encore de ma voix tremblante le jour où tu es partie pour cette intervention essentielle à l’hôpital. Je t’ai demandé si tu allais bien mais j’ai vu des monstres t’avaler la gueule béante.



Sur l’écran naissent des défilés politiques mêlés à des images de Fukushima mais aussi des images d’il y a une dizaine d’années allant de l’écroulement des tours du World Trade Center, des tremblements de terre à Bam et à Haïti des scènes de défilés de premier mai à travers le monde des images de trente et un décembre à travers le monde avec en fond sonore des extraits de Stan Getz « The Lost Session »

Je voudrais que nos échanges durent toujours sans abîme alors je m’éloigne maintenant la tête pleine de toi afin de te garder toujours et ne pas avoir à être surpris par ton dernier départ.

J’ai vu ma mère marcher en silence le long de cette allée de cèdre pour rejoindre mon père sous la pierre et déposer chaque jour un bouquet de violettes. Je ne veux pas que tu ressembles à ma mère. Le temps a passé et je l’ai vue contrainte et fatiguée. Les premières fois devant la pierre, elle lui parlait de leur amour et de leur vie quand il marchait à ses côtés.

Richard Galliano joue Piazzolla puis Dylan chante « Blow in The Wind » sur des images de changement d’investiture présidentielle allant de Chirac à Hollande.

Lui regarde l’écran défilé quand il s’éloigne d’elle et se tait puis il se tourne de nouveau vers elle. Son regard suit la courbe de ses épaules et son cou et ses mains qui s’activent.

Il reprend :

Elle lui racontait ses jours après son départ. Elle y allait plusieurs fois par semaine. Puis ses visites se sont estompées. Aujourd’hui son pas est lent et contraint Elle n’y va plus qu’avec moi, une fois par an. Face à la pierre elle ne sait plus pourquoi elle vient elle ne sait plus la couleur de ses yeux. C’est comme si elle ne savait plus ce qu’elle éprouve. Elle est juste là sans âme faisant le trajet comme d’autre vont acheter leur pain c’est une forme de nécessité sans objet.

Je ne veux pas que tu connaisses ce trajet là je ne veux pas t’imposer cela je voudrais que tu retrouves nos pas au milieu de chacune des pages que j’ai pu écrire tu n’auras qu’à les relire je sais que tu fais ça si bien et tu sauras qui je suis et combien je ne t’ai pas oubliée.

Tu seras toujours ce regard fougère et tous ces mots et tous ces silences partagés loin ou près je suis toujours avec toi au fond de mes poches, précieuse et fragile indispensable.

Elle : regardant la mer essuie ce qu’elle voudrait être la brume humide à l’orée de ses paupières des reflets brillent dans ses prunelles des reflets d’océans et de douceur.

Une voix s’étend au dessus de l’horizon au dessus de Dylan jouant «Knockin’ on Heaven’s Door»

La sienne à lui plus proche dans son dos :

Tu te tais. Au fond de toi, tu sais ces choses là. Continue à regarder la mer ne te retourne pas je suis le grain de sable je suis la vague on n’est sans doute pas assez forts pour ce monde là qui grouille au dehors.

Pina Bausch danse sur l’écran accompagnant son ballet « Orphée et Eurydice», images fondues avec des images d’Adjani dans la Dame aux Camélia. Puis apparait la vieille femme se balance dans un fauteuil à bascule sur une véranda donnant sur l’océan.

Elle, après un silence comme prise par l’océan dans son dos derrière ses mots au dessus des vagues prend la parole pour la première fois.

Tu as peur que je t’oublie comme ta mère aurait oublié ton père. Tu sais tant de choses et pourtant tu n’as rien compris.

Au début ta mère avait besoin d’aller chaque jour voir la pierre où repose ton père parce que la séparation était violente pour elle. Elle a peu à peu cessé mais n’a jamais oublié. Elle a seulement compris que ton père était toujours présent vivant au fond d’elle rien que pour elle.

Naissent des images du World Trade Center 2012 suivi de celles de Haïti où les populations sont toujours dans des camps sous des tentes des services humanitaires alors que Fukushima avance lentement dans sa décontamination inutile et fragile.

Lui semble happé par l’écran mais son dos se tend à chacun de ses mots à elle.

Elle a su qu’il lui suffisait de regarder en elle pour le retrouver vivre chacun des instants précieux passés ensemble afin de les laisser vivre encore intensément. Elle n’avait pas besoin que les autres sachent encore moins toi qui la juges de façon si amère à chacun de ses pas vers lui.

Il la regarde alors que l’océan envahit de nouveau l’écran dans des couleurs dorées et vertes. Seul le chant des vagues avec force envahissent l’écran.

Et c’est justement parce qu’ils ont vécu toutes ses choses secrètes ensemble qu’il est toujours vivant en elle. Tu voudrais partir afin d’éviter de souffrir afin d’éviter que je te vois vieillir ou que la vie m’abime. Mais c’est ainsi que tu vas me perdre et que nous disparaitrons trop vite de la terre.
Ne t’en fais pas ma douceur, nos mains resteront liées quelle que soit la saison quoi qu’en disent les vents. Malgré le monde et toutes ses déraisons les vents pour nous ne seront pas contraires. Ne t’en fais pas toujours on s’aimera, on tiendra.



Je sens la pluie qui devance l’orage mais encore là une éclaircie je suis bientôt au port je suis juste près de toi.


Viens courons loin des quais, partons encore au loin, allons voir l’ombre de la dune. Là où le ciel se peint en rose entre nuages et banc de sable. Viens donne moi ta main. Ne me lâche pas. Le ciel déjà au vert bientôt ocre et dans mes bras tu pourras dormir. Viens je suis juste là ma douceur. Il y aura d’autres matins ou nous ne connaitrons pas les chagrins.



Comme s’il entendait et reconnaissait sa voix, il se tourne vers elle plus intensément s’approche si près qu’il pourrait l’effleurer et pour la première fois il l’aide. Il prend dans ses mains les figures finies sphères et triangles et les lui tend. En silence

Mahalia Jackson prend le relai avec « Trouble of the World » et enveloppe tout l’espace de sa puissance.

Elle les prend de ses mains à son tour. Elle lève les yeux vers lui intensément pour la première fois elle lui sourit.

Elle les accroche sur les bases de métal qu’elle vient de mettre en place afin d’en vérifier l’équilibre. Un mobile a pris forme et se meut dans l’espace ayant trouvé son équilibre.

La lumière baisse doucement dans la salle. Seul l’océan en fond d’écran éclaire le couchant en feu ocre et vert gris bleu.

Lui se dirige vers la cantine. Il l’ouvre et la vide de ses livres. Il les aligne consciencieusement dans les étagères jusque là restées vides.

Puis vient la nuit et peu à peu le silence des vagues même.

* * *



vendredi 11 mai 2012

Miroir d'Argent


Biscarrosse - Mai 2012




Biscarrosse - Mai 2012




vendredi 4 mai 2012

Un ciel d'Or


Biscarrosse - Mai 2012

Sous la coque de noix !


Prieuré Mimizan - Mai 2012

( reproduction Photos Portail interdites)

Ouvrir la coque de noix ! 

Vert et Or

Biscarrosse -  Mai 2012



Ecoute ... Les Secrets de la Vague !


 Biscarrosse - Mai 2012



Ecoute - Biscarrosse - Mai 2012

samedi 17 mars 2012

La Neige Pourpre





La foudre est tombée raide et criarde.
 La côte découpée et tendre
Bordée de ce liseré blanc
Qui ondule au gré des vents et des marées
A perdu ses reflets aveuglants
Pour se couvrir de cendres.
Les notes douces des embruns
Se sont déchirées dans le silence.

La neige saurait être belle
Mais l’hiver peut-être parfois long
Quand la neige est couverte de sang.
J’ai vu des corps étouffés déchiquetés sur les sols de Syrie.
Et le silence dure.
 J’ai vu des enfants et des femmes fusillés
Dans des villages au travers des images dessinées
Dans le film audacieux d’Ari Folman
Evoquant les massacres de Sabra et Chatila.

La neige est sale et le rouge reste cru
Et le rouge devient pourpre.

Beyrouth reste au loin et dans un autre temps
Mais naissent d’autres lieux
Dans des décombres
Où les ombres restent sombres.

J’ai vu des larmes aussi, trop de larmes,
Dans les yeux des enfants d’ici,
Mais c’est une autre guerre.
Dans les pétales des fleurs
Dans les reflets tièdes de la terre
J’ai senti les embruns,
J’ai écouté Dylan et Hendrix
Et les Who,
J’ai écouté des blues aussi


Et j’ai vu des marelles
Dans les reflets du ciel.

A l’ode de mots sans nom,
Nos doigts qui se souviennent
De cet été qui vient,
Écriront bien encore
Des arabesques folles
Sur d’infinis rivages.










samedi 3 mars 2012

lundi 6 février 2012

Le Virtuel




images de l'auteur

Un clic et le super marché déverse quelques minutes plus tard au sein de votre coffre la commande de victuailles effectuée de votre canapé, à moins que vous ne préfériez opter pour la livraison ! Ou comment éviter les microbes et les agressions imaginaires que vous rappelle votre écran plat.

Vous pouvez tout aussi bien découvrir une recette un spectacle ou la quatrième page du dernier livre à la mode vous aurez même accès à quelques extraits et vous en parlerez comme si vous y étiez. A votre nouveau look vous pourrez vous atteler vous qui ne sortez plus puis en quelques clics quand on vous dit « bouger » vous cherchez votre Wi-i à quoi sert de sortir de respirer de regarder le ciel vous aimez cette vie en famille sclérosée dans vos mur à l’abri d’un regard ou de dernière grippe annoncée.


images de l'auteur

Certains passent ainsi commande de l’âme sœur promet-on en quelques mots et deux photos sur l’écran gris de leur ordinateur. Galvaudons les mots sans peur, après tout le dictionnaire se permet bien quelques largesses.

A l’orée de ce siècle clic-clic ! Laissez dormir les petites vieilles chutées sur le carrelage ou le bord du tapis et les solitaires à l’ombre de leurs verrous. Sauvons les banques et la planète !

Effet virtuel !!!

Mais peut-être n’avez-vous jamais écouté le vent qui transporte quelques rêves secrets au fil des nuages et des rais de lumière même en hiver. Ouvrez grand votre nez au bord d’une marée. Que dire du grain de sable qui se glisse avec cette douceur tiède entre les plis de vos orteils ?

Ce matin j’ai gratté la neige afin que ceux qui prennent encore le risque de montrer leur nez ne regrettent pas l’audace de leur premier réveil.


images de l'auteur
J’y ai lu la douceur du vent et des sourires. J’y ai perçu le grain de ta peau et la saveur des mots.

dimanche 1 janvier 2012

Voeux 2012



Puissent vos meilleurs souhaits

Vous être révélés

Parmi les rives de cette année

2012

samedi 24 septembre 2011

La Lettre


Noémie bouge lentement à l’étage. Les paupières encore alourdies, elle entrouvre les persiennes. C’est l’aube au-dehors. La brume enveloppe des collines desséchées comme pour les protéger d’un regard trop pressé. Elle se décide enfin, bascule sur les marches de l’escalier qu’elle dévale avec lourdeur pour arpenter le rez-de-chaussée avec lenteur. J’aime son pas à la nonchalance un peu lourde qui n’appartient qu’à elle. Elle me murmure un bonjour inarticulé en poussant la porte d’entrée.
- " Noémie tu es nu-pieds. "
- " Et alors ! " me répond-t-elle agacée.
Indifférente, je l’aurais sans doute inquiétée. Je la sens sourire. La pièce où je vis est sombre. Les murs sont épais et le plafond bas. J’ai froid. Noémie est vulnérable. Je me demande avec effroi ce qu’elle va devenir. Chaque minute du jour ou de la nuit est pour elle un éternel combat qui la fait frémir et altère son magnifique visage. Toujours elle bouge, tourne, se cogne, tandis que les mots, en elle, se taisent. Je me demande toujours d’où peut provenir cette peur qui l’habite et quand sera-t-elle apaisée.
* * *
Je me souviendrai jusqu’à ma dernière heure de l’instant où elle se heurta pour la première fois à mon espace. Mes yeux se nourrissent de la nuit. Les bras légèrement portés en avant je me suis avancée vers elle avec maladresse et j’ai senti son petit corps frissonner malgré ses trois ans. Sa tête s’est balancée afin de fuir ce qui restait de mon regard. Elle s’est échappée sur le sentier et la religieuse qui l’accompagnait l’a rudoyée.
Le soir, seule avec moi, elle s’est blottie contre la porte d’entrée. Mon fils Gabriel s’était protégé à l’étage. Assise sur la marche de pierre, son corps répond à chacun des bruits insolites que je ne perçois qu’à travers elle. Je lui ai parlé longuement, réinventant pour elle ma vie ici. Mais elle s’était murée dans le silence.
Je l’aimais déjà !
Je lui décrivis le jardin potager et les tâches que je devais y accomplir chaque jour. Sans espoir je lui proposai de m’y accompagner. M’engageant avec maladresse sur la terre humide, je sentis sa présence fragile dans mon dos.
Est-ce parce que ma voix lui avait soudain paru plus douce ? Est-ce parce que je lui avais demandé son aide pour cueillir les fruits mûrs que je ne pouvais discerner ? Elle ne me le dirait jamais mais elle resta à mes côtés.
Elle cessa de trembler et accueillit, non sans un sursaut, la paume de ma main sur sa chevelure d’ébène. Elle sentait la lavande et j’en aimais le parfum. Je le lui dis. Elle se rapprocha de moi, se pencha un peu et m’offrit sa nuque en me l’indiquant de ses doigts d’enfant.
Je ne sais pourquoi elle venait de me choisir et m’avait apprivoisée.

Auprès de moi, longtemps elle garda le silence. Je pleurais parfois reconnaissant la douleur de ce petit corps à l’histoire morcelée. Ce temps-là me sembla une éternité !
Une nuit, les larmes habitant mon sommeil, je perçus son pas hésitant sur le parquet de ma chambre. Elle n’en avait jamais encore franchi le seuil. J’attendis espérant un instant indéfinissable.
Elle approcha sa petite main tremblante de mon visage murmurant un « pardon »  à mon oreille. Surprise par le son de sa voix, dans ma nuit, j’entrouvris les paupières. Je la pris dans mes bras et la berçais avec tendresse.
- « Je ne voulais pas vous faire de mal. » murmura-t-elle avant de s’endormir tout contre moi tel un louveteau sur le ventre de sa mère.
* * *
Au-dehors, Noémie retournait la terre sèche à l’aide d’une fourche au manche usagé. Son front se plissait et son dos ruisselant ployait afin de vaincre l’effort. Le fils de Mamouchka était parti depuis de longs mois et elle se languissait en silence.
Cette vieille femme l’exaspérait en la conseillant depuis son fauteuil chaque matin le visage impassible.
-« Ne fais pas des rangs trop serrés ! » disait-elle toujours.
-« Quels rangs ? Qu’est-ce-que ça peut faire ? » lui répondait-elle avec violence.
-« Ne parle pas ainsi. Tu me fais mal. »
-« Et alors ! » reprenait la jeune fille pour elle-même, détestant ce ton de victime que l’autre prenait espérant la rendre coupable.
- « Noémie. Viens près de moi ! »
Elle allait encore la flatter de sa morale. Noémie sauvage et silencieuse se dirigeait vers l’extérieur.
-« C’est facile d’être toujours douce et mielleuse ! » venait-elle d’ajouter avant de claquer la porte derrière elle.
* * *
Des yeux morts de Mamouchka naissaient des larmes amères. Que s’était-il passé pour que cette enfant semble tellement la haïr ?

Une voiture venait de s’arrêter au bout du sentier. Reconnaissant le facteur, Noémie s’avança à sa rencontre. Elle arracha la lettre des mains du vieil homme. Hésitant un instant, elle découvrit un timbre étranger et l’écriture serrée de Gabriel. Son corps se mit à frémir.
Elle aurait aimé l’ouvrir mais elle était adressée à Mamouchka.
De toute façon elle ne pourra pas la lire ! se dit-elle. Le regard provoquant à l’adresse de Mamouchka, elle déchira le papier flétri par le transport. Un instant satisfaite de transgresser les règles établi par la vieille dame elle n’était déjà plus intéressée.
-« Noémie qu’est-ce-que c’est ? »
-« Une lettre de Gabriel. Votre très cher Gabriel ! » reprit-elle lui jetant l’enveloppe sur les genoux avant de grimper l’escalier.
Le regard de la femme se ferma derrière ses paupières.

A l’étage, Noémie martelait le sol et tournait dans sa chambre ouvrant et referma les tiroirs de sa commode.
Mamouchka l’écoutait. Ses doigts tremblant parcourraient le papier le humant essayant en vain de saisir le sens des mots.
Blessée de cette dépendance elle froissa les feuillets entre ses paumes et les pressa dans les plis de sa robe.

Noémie descendit enfin et la dévisagea en silence. Une douleur inexprimée imprégnait son visage.
-« Je vais partir ! » dit-elle.
La femme leva la tête dans sa direction.
S’engageant sur le chemin Noémie malgré elle perçut les derniers mots de Mamouchka :
-« Je ne comprends pas. Ma porte te serra toujours ouverte. Quand croiras-tu que dans cette maison tu es profondément aimée ?
* * *
Au bout du sentier voyant un homme s’avancer vers elle la jeune fille hésita. Seul le facteur prenait ce chemin.
Dans sa mémoire jaillit alors le souvenir de ses jeux d’enfant avec Gabriel. Le jeune homme avait une barbe naissante mais elle n’avait jamais oublié ce regard. 
A ma fille

jeudi 22 septembre 2011

Une Couronne de Lauriers

Enfin un roman !
Un été pluvieux peut-être fructueux.
J'ai aimé l'écrire,
Aimerez-vous le lire ?


Le livre Une Couronne de Lauriers

Disponible en cliquant sur le lien "à découvrir".

mardi 2 août 2011

Promesses Délicieuses


L’aube  dure et moite au-dehors
Parlerait presque d’un froid de novembre
Avec des mémoires d’un ailleurs douloureux et blessant
Où les meurtrissures s’étalent
Et ne peuvent se décrire
Au-delà du divan marron et froissé
Du professionnel des secrets  malmenés

Avec la surprise d’une valse au cœur de la pluie
La douceur d’une caresse sous un ciel terne
Quand nos mains se rejoignent
Et font vibrer les sens
La vie est ainsi faite
De promesses tellement délicieuses
Au-delà d’une  danse que tu choisis
Où tu inventes nos pas

Quand nos bouches  murmurent
Des chants d’un autre monde
Qui évoquent la houle
Sous les vents frais du large

Quand tu viens en douceur défroisser
Mes paupières un peu lourdes au réveil,
Délicate,
Ta main d’une caresse efface tous les passés
Tes lèvres toujours douces et leur murmure profond
Indescriptible sinon ce serait de l’impudeur

Que j’aime tes secrets dans les plis de ma peau
Murmurés divulgués
Quand les marées se lèvent
Et que la terre humide se vêt de blés dorés
Qui dansent sous le vent en évoquant les ombres
Douces,  parfois brunes, sur le sable d’un jaune pâle

Sous les reflets du vent
Quand le ciel reste tendre
La vie est ainsi faite de si précieuses promesses 

A Gustave, mon Cher Neveux




Un peu surprise par tes attentes ce jour-là, je n’ai pas su répondre à tes questions. De ce temps là, je ne sais pas très bien quoi t’en dire. Je ne vais pas t’en parler avec mon regard, je vais essayer de retrouver tes yeux d’enfant, tes yeux de cette hauteur-là.
 Comme dit parfois un être qui m’est très cher, ce qui compte dans une histoire ce n’est pas qu’elle soit vraie c’est qu’elle soit belle !  

En ce temps-là tu voyais le monde à la hauteur de mes genoux quand tu étais debout. Et tu tenais debout depuis bien peu de temps. Tu étais un magnifique petit garçon et tu riais beaucoup. Tu t’émerveillais de tout.
 Tes parents t’avaient confié à elle comme chaque année durant les vacances. Tu arrivais dans cette maison pour y vivre quelques jours. J’appelle parfois cette maison, la maison bleue quand je suis d’humeur tendre et pour toi je resterai d’humeur tendre. Je crois que je la nomme ainsi parce que les deux portes d’entrées étaient bleues quelle que soit la rue par laquelle nous pouvions y pénétrer. Enfin je crois, tu vois même maintenant je ne suis plus très sûre.
Tu arrivais souvent par la grande rue celle qui arrivait de l’autoroute ou bien directement depuis la maison de tes grands-parents. Quand tes parents ouvraient la porte tu avais déjà trois hautes marches à grimper. Impossible de te hisser tout seul d’une marche à l’autre à ton âge. On te soulevait en mettant les deux mains sous tes aisselles afin de te soutenir et t’aider un peu.
Là, l’exploration du  jardin valait bien n’importe quel conte de Perrault ou de Grimm. Tout devenait intéressant pour toi.
Contre les marches sur lesquelles tu avais enfin trouvé une stabilité poussait un arbuste garni de petites fleurs blanches telles des étoiles des diamants en suspension au milieu de son feuillage vert tendre. Elles scintillaient dans la lumière douce du soleil. J’adorais son odeur et te la faisais partager comme elle l’avait fait avec moi et tous les autres sans doute. C’était un … Bon sang, j’ai encore oublié le nom !!! C’est elle qui l’avait planté et nous l’avait fait découvrir.  Mais oui ! Seringa, jasmin des Poètes, c’est joli tu ne trouves pas !  Mais ces fleurs là étaient portées par  des brindilles légères qui piquaient un peu. Alors toi, tu aimais bien davantage ce qui se trouvait à ses pieds. Tu les cherchais déjà dès ton arrivée. Un peu plus bas, à hauteur de tes petites chaussures, naissaient de petits points rouges perdus au milieu de toutes petites feuilles vertes. Ces fruits-là avaient un goût délicieux et croquaient un peu sous la langue quand tu fermais la bouche avec hésitation.
Il y avait toujours ce minuscule panier d’osier qu’elle avait acheté exprès et uniquement pour toi. Il était à ta taille. Son anse délicate juste faîtes pour tes petites mains à peine mobiles encore. Il était aussi là à la taille de ces petits fruits rouges. Ces petits points de couleur vive tels de petits éclats de braises étaient cachés en réalité dans tous les coins du jardin. Des Fraises-des-bois qu’elle avait réussi à planter ça et là, au pied d’un arbre, dans un buisson, au milieu des Marguerites et des Dahlias, au pied de cette pierre ancienne, borne kilométrique, trouvée sans doute au bord d’une route ou d’un sentier. Je ne sais !
 Tu marchais trébuchant vers la maison sur la petite allée de pierre un peu disjointes. Attention il y a là deux marches et puis encore deux au milieu de passe-roses en été. Tu sais c’est ton père à l’âge que tu as maintenant qui a installé le goutte à goutte. Une pluie fine par endroit descend sur les basses fleurs. Il m’avait bien impressionnée à l’époque où il avait su seul l’installer ainsi le long de toutes les bordures.
Sur la gauche en descendant juste à côté d’une ancienne fontaine de pierre court une clématite. Celle-ci est d’un bleu-sombre et grimpe très haut sur le mur à travers les feuillages.  Attention,  il y a là encore trois marches à descendre avant d’être sur la terrasse !
 Enfin tu retrouves ton tracteur rouge aux pédales jaunes comme des soleils. Elle l’a sorti avant ton arrivée. Elle pense à tout ! La glycine qui longe la baie vitrée depuis de longues années, bien avant que nous connaissions cette maison, dégage un parfum sucré au travers de ces grappes mauve-clair le long de ses lourds et noueux branchages.
Tu peux gambader enfin sans crainte ! La joie de la suivre partout, elle qui t’accueille toujours avec tant d’emphase éveille chez toi un rire clair.
Sais-tu que ton père l’appelait La Castafiore en référence à « Tintin au Tibet ».
 J’habitais dans une petite maison au bout de la rue perpendiculaire à la maison bleue. Je donnais sur un côté des arènes auxquelles nous pouvions accéder par un sentier qui serpentait doucement.
Tu venais me voir en pédalant fermement sur ton petit tracteur rouge. Elle t’accompagnait à pied et te poussait un peu parfois car la pente était traître pour tes petites jambes. J’entendais ta petite voix de loin quand tu m’appelais.
Tu aimais bien venir voir les oiseaux que j’avais installés dans une grande volière construite entre intérieur et extérieur. C’était incroyable comme tu étais curieux de tout et tellement rieur. Il y avait là deux rossignols du Japon que tu reconnaissais. Chez toi ton père les gardait en liberté dans votre appartement. Tu découvrais d’autres espèces au plumage coloré et varié.
 Elle t’emmenait partout. Au marché elle était fière de te montrer de raconter tes bons mots et tes progrès.
La plage était toute proche alors tu faisais tes premiers pas dans le sable fin et elle te montrait l’intérêt du seau et de la pelle. Avec toi, elle était patiente et drôle. Le temps s’arrêtait pour elle. Elle était toute pour toi.
 J’ai déménagé dans la ville où je vis maintenant. Je n’ai pas reconstruis la volière. Je garde plein de souvenirs de ces moments délicieux où je te rejoignais chez elle où sur la plage.
Peut-être ces quelques pages écrites pour toi t’apporteront un peu de ce temps là toi qui t’interrogeais ayant perdu tes souvenirs. 

jeudi 30 juin 2011

Ces Deux-Là



Le petit carnet qui se trouve entre mes mains est fait d’à peine quelques feuillets usagers et jaunis, couverts de quelques lignes qui ne sont pas les miennes. De petites lettres aux formes serrées devenues grises font office de commentaire à l’écriture froide et technique qui ne peut prétendre s’appeler récit. Une à deux phrases pour chaque jour de cette saison-là. J’ai eu envie d’en reprendre l’histoire à peine commencée, jamais tellement élaborée non plus, et de la raconter. D’une histoire l’important ce n’est pas qu’elle soit vraie, ni juste. C’est seulement qu’elle soit belle ! Le sera-t-elle ? Aujourd’hui c’est un peu tôt pour le dire. Elle sera en tout cas enfin racontée, inscrite.

Il faisait nuit et froid au-dehors. Les trottoirs de la ville étaient couverts de gris ; neige et traces de pas répétés s’étaient trop longtemps mêlées au cours des dernières heures. Les étales de la rue de Bucci étaient depuis longtemps fermés et rangés pour la nuit. Nougaro devait chanter dans un des bistrots à deux pas quand elles ont subitement frappées pour sortir au dehors.
Elles sont arrivées ainsi au milieu de cette nuit-là. Légères comme deux plumes poussées par le vent d’hiver,  fraîches et douces,  le regard encore clos et la peau si claire. Elles avaient le même souffle, la même fragilité transparente que la glace au-dehors. Il eut été facile de les prendre chacune dans le creux d’une main et peut-être de jongler avec elle. Qui d’elles d’eux eut été en haut, eut été en bas, il était difficile de le dire. Rien ne les différenciait, quelques grammes, il est vrai, ce premier jour-là mais c’était déjà si peu.
Dans le regard de ceux qui les regardaient, les pesaient, les nettoyaient, il était possible déjà de lire la fascination et la peur face à tant de ressemblance. Allongées ainsi toutes deux dans un lit commun tellement elles étaient petites, chacune était le reflet pur de l’autre mieux que n’eut pu l’être un reflet dans le miroir. Plus semblables encore que le résultat d’un calque sur l’image ou le tirage sur papier d’une photo en deux exemplaires. Elles seules ne pouvaient pas le savoir ne pouvant accéder à la perception de leur propre image.
Elles sentaient bien déjà dans les regards et dans les mots qu’il n’y avait de la place que pour une.
Ils ont dit d’une qu’elle était douce, qu’elle était belle. Ils ont dit de ces deux-là qu’elles étaient incroyables tellement elles étaient pareilles. A l’autre, ils n’ont parlé que de la première. Jamais à elle ils n’ont pu dire qu’elle était douce et belle pour elle-même. C’était toujours l’autre ou les deux ensemble.
Elles avaient des mots secrets pour communiquer entre elles et les sens en éveil. Cela faisait quelques mois qu’elles avaient appris à partager, à s’entraider face aux secousses du monde extérieur. Elles ont continué de plus belle à se rassurer mutuellement, à tenter de se faire entendre. Mais les mots ne pouvaient pas se dire au monde. Articuler, ça, elles ne le savaient pas encore. Alors elles ont crié, parfois pleuré aussi. Et elles se sont parlé encore ainsi dans le silence de leur deux corps, dans leurs murmures, comme au temps d’avant.
Mais est arrivé ce jour-là où les regards du monde posés sur elles étaient plus fermes plus nombreux et plus froids aussi.
Il fallut bien leur choisir un nom afin de les définir. Elles étaient arrivées si précipitamment. Une saison d’avance, ce n’est pas rien en hiver ! Vous connaissez les changements qui se font connaître entre l’hiver et le printemps. Au dehors, la lumière et les sons ne sont déjà plus les mêmes. Si vous vous penchez sur les fleurs et les arbres, vous voyez bien que le temps d’une saison fait toute la différence. Et les fleurs et les arbres avaient alors bien plus de poids que ces deux-là.
Les mots, consonnes et voyelles, les syllabes réunies, changent l’humeur du monde et la face des relations en ce monde. Alors est-ce ainsi que les choses se sont écrites dans cette histoire-là ?
Dans le regard de ceux qui les regardaient toujours ensemble, on pouvait lire ce désir de les diviser, de  les séparer davantage. Tant de ressemblance, de connivence dans les silences était insupportable, peut-être même enviable, qui sait ?
L’une fut inscrite pour gagner. Le mot qui fut choisi pour la nommer est utilisé à l’issue des batailles, des guerres ou des compétitions. Laissant ainsi entendre que l’issue de la survie ne peut que faire naître les larmes dans les yeux de l’autre si ce n’est sa perte.
L’autre, le reflet parfait, tellement fidèle, de la première fut nommée pour le sacrifice, l’abnégation mais aussi la sagesse, la sacrifiée.
Avaient-ils trop longtemps jalousé leur connivence et leur silence commun ? Leur partage depuis des mois était-il si dérangeant ? Il était fait de douceur et d’espace, de nourriture et de sommeil qu’elles poursuivirent à l’extérieur comme veillant sans cesse l’une sur l’autre, à travers leur souffle commun et tellement semblable.
Elles ont bien tenté, toutes deux, de dire que ça ne leur convenait pas. Elles ont bien crié qu’elles avaient su vivre ainsi, jusque là et, qu’elles-deux ensemble, elles le sauraient toujours. Mais ils n’ont rien voulu entendre.
Les prénoms, comme ils disent, furent inscrits sur des parchemins et enregistrés à jamais !

Toutes deux s’épaulaient l’une l’autre, se berçant de leur souffle commun. Elles se répondaient en écho, se lovaient dans cette odeur douce d’océan lointain et de chaleur du corps de l’autre. Elles jouaient à se mêler bras, jambes, peau, afin de se sentir plus lourdes collées ainsi ensemble, imaginant se protéger d’un extérieur trop bruyant et tellement incertain.

Soudain l’ombre est entrée. Une odeur forte les avait réveillées, brutalement sorties de leur connivence secrète et des murmures qu’elles partageaient.
Le corps si grand et lourd, le regard noir fait de nuit d’orage s’est penché encore sur elles-deux. La seconde a crié un peu plus fort sans doute, sentant peut-être déjà que cette venue là était pour elle seule et pour la première fois n’était pas pour elles-deux.
Des mains se sont posées sur son visage. Des doigts forts ont pressé sa bouche ressemblant à ce qu’aurait pu être de la tendresse. Elles avaient déjà connu des gestes de l’extérieur ressemblant à cela. Mais la première percevait déjà la tension dans les doigts. La tendresse s’accompagne de bras souples et d’une odeur de miel. Là, l’odeur ressemblait au vinaigre et les mains étaient raides et fermes.
Et puis il y eu ce silence. Ce tellement grand silence. Il n’y eut enfin plus qu’un souffle : Le sien à elle seule. Un souffle fébrile où durant un instant elle crut même ne plus savoir si son souffle lui-même existait encore.
L’ombre grande avait déjà disparu mais elle en connaissait bien l’odeur. Elle tenta de se rapprocher de l’autre, son reflet, son image. Elle chercha le poids léger de ses doigts aussi fragiles que les siens. Elle chercha les murmures et se rapprocha encore mais elle se heurta à une chose froide et vide. Un vide tellement vide, un vide tellement immense qu’elle n’en connaissait pas les contours. Un vide raide, rigide et froid. Les sons et les odeurs avaient changé et elle se sentit tellement là et ailleurs. Cette sensation ne la quitta plus.

Extrait de la nouvelle "Ces deux-là" appartenant au recueil "Certitudes" 2011